Hommage à la candidature de Dominique De villepin aux présidentielles de 2012 !

Je ne puis résister, au soir du 11 12 2011, d’aller chercher dans mes archives personnelles cet article que j’avais écrit en 2006 après la crise du Contrat Première Embauche (CPE)que Dominique de Villepin avait voulu faire passer en force en tant que Premier Ministre de l’époque. Article publier dans le Journal « l’Echo des Arènes » dans lequel je fus chroniqueur pendant plusieurs années. Les références aux écrits de 2002 dans le « cri de la Gargouille » sont exactes, et édifiantes!!!

Victimes de crise 11 04 2006( Pierre Maudoux)

Après l’électrochoc référendaire, et les troubles des banlieues françaises, la France n’aura pas évité

l’écueil du dicton « jamais deux sans trois » avec le trop long moment CPE.

L’après crise oblige à une réflexion élémentaire: cette dure période était-elle évitable? A-t-elle été bien gérée?Aurait-on pu en sortir plus vite? Quel bilan en tirer?

Si pour certains l' »épreuve manifestatoire » inutile autant à l’activité du Pays qu’aux étudiants aurait pu ne pas se produire avec l’emploi d’une méthode politique plus consensuelle, pour d’autres elle rentrerait dans le moule incontournable des us et coutumes « à la française ». Les commentateurs se seront rejoints pour affirmer qu’il y a bien eu quelques erreurs dans la méthode, comme une dose d’inexpérience, comme un certain empressement, ou comme une sous-estimation de la montée en puissance du mécontentement par le Premier Ministre. La relecture du  » cri de la gargouille », publié en 2002 chez Albin Michel sous la plume de Dominique de Villepin, illustre à contrario le tempérament de l’auteur certain à l’époque que » la pédagogie revendiquée par les apôtres du consensus se heurte le plus souvent à la méconnaissance des réalités », nostalgique d’une » tradition de réformisme autoritaire », sincèrement convaincu que des « passeurs, professeurs d’énergie nationale »pourraient s’imposer dans l’épreuve pour « sortir l’homme et la collectivité de l’embarras tactique où ils sont suspendus sous la balance mesquine du compromis ».

Le temps de l’action , cher au même homme devenu Premier Ministre, pour surmonter peurs et blocages de la société française semblerait donc s’accommoder à merveille d’une crise.Si l’hypothèse d’une provocation volontaire par l’exécutif des résistances à son pouvoir peut étonner,force est de constater qu’elle trouve écho dans la lente gestion des évènements. La crise, subie, expliquait les silences au sommet de l’Etat comme une hésitation à la prise de décision politique.La crise, voulue,supposait à l’inverse une forte détermination du Premier Ministre soucieux de dispersion syndicale et de lassitude des manifestants.

Quoi qu’il en soit, le retour à la case départ laisse sur le ring des victimes dont nul ne peut prédire si elles trouveront la force de se relever avant ou après que le bras électoral de 2007 ne s’abaisse.

La première est sans conteste Dominique de Villepin isolé dans sa majorité, désavoué dans ses choix, dépassé dans la course aux présidentielles par le Ministre de l’intérieur.

La seconde est la majorité qui devra se débarrasser d’une image devenue plus libérale que sa réalité, et inventer comment concilier son unité, son soutien au gouvernement et sa liberté d’expression.

La troisième est le dialogue social dont on voudrait vous faire croire, au moyen de caricatures du patronnat ou des syndicats, qu’il s’avère inapplicable en France .Sans être démagogue, on peut heureusement affirmer l’existence d’une multitude d’entreprises respectueuses des salariés, et de syndicalistes responsables.

La quatrième est la réforme.Cette capacité à mettre durablement en adéquation la France avec la modernité, pour résister aux effets nocifs de la mondialisation, sort durablement diminuée des conflits sociaux récents. On retiendra pourtant une excellente idée à proposer dans les négociations futures qui seront incontournables: l’expérimentation de durée déterminée et son évaluation.

Mais les dommages collatéraux s’avèrent plus graves.

En premier lieu, on reconnaîtra que l’autorité légitime de l’Etat aura souffert de la crise du CPE. Comme l’inconscient des libertaires rejoint en cas de désordre publique chronique le conscient des réactionnaires , il est à craindre qu’une aspiration au renforcement de l’autorité au sommet de l’état, malgré ses risques, ne s’ancre dans les esprits français .La préoccupation majeure des démocrates encore éveillés consiste à détricoter la construction symbolique du leader providentiel à gauche comme à droite car elle pourrait à terme profiter à un populiste opportun.

En second lieu, on déplorera que la loi , symbole démocratique du lien social et d’une liberté individuelle consentie , ne soit plus respectée ni dans son élaboration, ni dans sa promulgation, ni dans son exécution, ni dans sa connaissance.Mais comment nier qu’une production législative complexe,excessive,remaniée,rarement appliquée, souvent contestée ne rassemble plus mais divise ou indiffère?

En troisième lieu,on s’inquiètera du sort réservé aux institutions de la cinquième république par l’usage qui en est fait au prétexte de compétititon électorale et au détriment des rôles de chacun.

Enfin, on imaginera aisément que l’ image d’une France perturbée socialement affaiblit sa capacité à redevenir un moteur européen, à se prétendre le porte drapeau d’une « autre voie », à défendre son modèle social, surtout après avoir mis fin à l’idée de l’Europe politique.

Ne cèdons ni aux théories du déclin, ni à celles du sursaut: la cohésion , la sagesse et le mouvement

ne sont pas si contradictoires.

Pierre Maudoux

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