Union à ving-sept : le sacre de la désunion?

UNION A 27: LE SACRE DE LA DESUNION?

Le monde multipolaire stable annoncé à tort par certains oracles politiques se dessine en cette fin 2006 avec les fusains du désordre géopolitique le plus complet. On y trouve avec la plus grande inquiétude des états incontrôlables comme la Corée du Nord et ses revendications nucléaires, la poudrière pakistanaise et ses liens talibans, l’Iran et ses ambitions régionales. Les grands pays, comme les USA vietnamisés en Irak, ou l’autoritaire Russie, ont retrouvé leur vocation interventionniste sans frein notoire de la part de la Communauté internationale. Le terrorisme s’affirme comme une donnée incontournable du monde nouveau. Partout, refait surface des profondeurs de l’histoire, mais avait-il vraiment disparu?, une caractéristique noire des états : le nationalisme, avec ses capacités à fabriquer des régimes forts et des conflits frontaliers. Les grandes institutions internationales n’ont plus à démontrer, quant à elles, le pouvoir incertain de leur s résolutions, et les médias leur indifférence pour les massacres africains.
Dans cette ambiance, incertaine et périlleuse, la France se plait à voter des lois mémorielles dont le fond est juste mais dont l’opportunité parait douteuse, surtout quand il s’agit du passé des autres. On aura compris l’allusion à la Turquie, qui demain fera partie-ou non-du futur européen, quoi que la France en décide, car force est de s’interroger sur la capacité réelle de l’hexagone de s’interposer , in fine, à l’adhésion d’Ankara à l’union-Européenne !
Le présent de l’Union, mis sous silence, consiste en son élargissement à 27 pays le premier janvier 2007 par l’entrée de la Bulgarie et de la Roumanie.
Le président de la Commission Européenne déclarait récemment  » qu’ il s’agit de la bonne décision pour la Bulgarie et la Roumanie et de la bonne décision pour l’Europe. »Aux citoyens désireux de démontrer le contraire à José Manuel Barroso par un non référendaire(de plus…), nous rappellerons que ce verrou français ne fonctionnera qu’après l’adhésion de ces deux pays! Au delà des ritournelles sur la paix et la prospérité jouées à chaque élargissement, il convient d’évaluer les dimensions de l’évènement. Notre décryptage du cheminement vers l’adhésion(candidatures des deux pays en 1995, négociations en 2000, traité signé en avril 2005, processus de ratification fin 2006) met en évidence :

  • une regrettable lacune démocratique: les peuples n’ont pas étés associés à la décision initiale.
  • une dangereuse lacune méthodologique: la date de l’élargissement prime sur le niveau d’adéquation à l’acquis communautaire. La Commission préfère préconiser des mesures de sauvegarde et de suivi après l’entrée dans l’UE plutot qu’un retard si les deux entrants n’ont pas rempli les critères d’adhésion
  • une prévisible lacune institutionnelle et politique: la Commission, en charge du contrôle du degré de préparation à l’adhésion, aura influencé fortement les prises de position du Parlement européen et les décisions du Conseil européen.

Notre regard sur le dernier rapport de la Commission oblige à un pessimisme raisonnable. Le couple Roumano-Bulgare, malgré les effort qu’il a déployés, présente des retards dans de nombreux domaines. C’est le cas pour la fraude, la corruption, le blanchiment de capitaux, la criminalité organisée, la traite des être humains, l’efficacité du système judiciaire, mais aussi la sécurité alimentaire, la grille des salaires, le traitement des minorités, le contrôle de l’immigration… Force est de constater que l’UE jouera dès 2007avec le feu, même si les sécurités et contrôles prévus par les commissaires européens ont vocation à freiner l’exubérance d’un possible séisme.
Cet élargissement trop précoce s’avère donc aussi risqué économiquement que politiquement. Il consacrera l’absence de projet politique européen, la confidentialité du débat européen, la primauté de l’Union économique, la responsabilité de ceux qui ont dit non. Il donnera en plus un sérieux coup de main à tous les nationalismes en gestation. Désunion européenne programmée.

Pierre Maudoux

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Julien Maudoux

Jeune démocrate, webmestre.