De l’influence des médias

 En 2008, une semaine avant le premier tour du scrutin municipal à Saintes, eut lieu un débat entre Jean Rouger, candidat socialiste de l’époque, et Bernadette Schmitt, maire sortante.

Quand on est centriste, on adhère à un bon nombre de valeurs ; je ne pense pas qu’on puisse de quelque façon me glisser dans la catégorie des excités. Pourtant, à quelques jours du premier tour, on comprendra quelles furent à l’époque la surprise et le désarroi au sein de mon équipe de campagne, et le sentiment de révolte qui me gagna.

Bien certain que le scandale nuit à celui qui le porte, je décidai sagement d’attendre le deuxième tour. Comment pouvais-je me mettre à l’époque un tel média comme France Bleu à dos ?

Je contactai simplement le rédacteur en chef de cet organe d’expression démocratique. Il m’assura qu’il s’agissait d’un « choix rédactionnel » fait au vu des sondages d’opinion, et qu’il lui appartenait entièrement. Lui ayant répondu que ce choix aurait une influence tout à fait certaine sur le futur scrutin, il m’assura qu’une interview avec trente secondes d’antenne me serait offerte, en guise de compensation. Vous rirez sans doute quand vous saurez que je l’attends encore ! et comprendrez certainement qu’avec trente secondes d’antenne, même le plus grand maestro politique ne parviendrait pas à renverser une tendance !

Il n’est pas ici question d’évoquer une quelconque rancune ; je veux cependant poser plusieurs questions fondamentales.

Peut-être suis je dans l’erreur, mais pourrait-on imaginer que le bal médiatique, organisé à dessin ou non, puisse briser une détermination politique, atténuer le sens d’un engagement, réduire l’image d’un candidat ou au contraire construire un personnage, le crédibiliser à force de petits mots ou de reportages ? L’objectivité est certes réservée aux lecteurs et aux spectateurs, mais ne conviendrait-on pas qu’un candidat gommé d’un débat est sérieusement désavantagé ? Que la pagination, les photographies, les communiqués de presse, triés ou pas, commentés ou non, évoqués ou passés dans leur intégralité, bref, que tout cet amoncèlement de critères forge ou casse, promeut ou défait, lance ou freine ? La vérité parait alors plus floue, les certitudes moins fortes. Le jugement ultime des électeurs, celui qui a lieu lors de leur geste décisif dans l’isoloir du bureau de vote, n’est-il donc pas façonné, plus ou moins, à tout petit feu ?

Je suis candidat à une élection importante pour ce territoire comme elle l’a peut-être rarement été.

L’alternance locale à droite comme à gauche n’a pas donné à Saintes le vrai statut qu’elle mérite, le développement qu’elle aurait dû saisir au regard de ses capacités.

Le pays traverse une crise et les indicateurs locaux ont de quoi préoccuper gravement les observateurs aguerris. Dans ce contexte bien particulier, le choix d’un scénario économique et social léthargique pourrait amener ce territoire au déclin.

Avec mon équipe, nous sommes engagés pour redresser au mieux les pentes, ouvrir les verrous d’une économie enchainée, rétablir la confiance, instaurer de vrais partenariats dans une vraie, sincère, totale dynamique de projet.

Notre équipe est soudée, diversifiée, riche en personnalités, en expériences humaines et professionnelles.

Nous n’attendons pas le statut d’élus pour exister. Pour certains d’entre nous, il s’agira demain de limiter notre activité professionnelle pour vous représenter et agir, avec efficacité, car nous sommes las, simplement las, des incantations politiques et du jeu qui est fait de l’argent des contribuables.

Alors oui, il s’agit encore d’un choix rédactionnel de France Bleu d’avoir écarté trois listes de ce débat. Choix qui semble dire que réussir à rassembler autour de soi, dans un contexte aussi difficile, sans pouvoir bénéficier du jeu des petites alliances politiques pour réunir des colistiers, trente quatre personnes… sur une liste ou l’on trouve, et que j’en suis fier, des personnes de sensibilité à gauche, au centre, mais aussi à droite, de réussir un tel rassemblement serait donc un non-fait médiatique ?

J’affirme qu’il s’agit au contraire d’une grande aventure électorale. Que cette aventure est rendue nécessaire par les temps présents. Que cette aventure va plaire aux Saintais. J’affirme aussi que notre détermination à nous battre n’en n’est que plus forte.

Même si le média en question, associé à une télévision locale, a annoncé la tenue d’un deuxième débat, nous aimerions connaître la genèse de ces choix. Sans doute les listes en présence ont-elles été mises dans un chapeau, et le sort a décidé d’associer l’une avec l’autre ? Sans doute n’y-a-t-il eu aucun prédéterminisme à mêler ensemble le candidat de la droite et les deux candidats PS ? Sans doute est-il raisonnable d’imaginer que les voies du centre, si nombreuses à Saintes lors du dernier scrutin municipal, vont s’évaporer ?

La grande interrogation d’un scrutin municipal idéal ne serait-elle pas : qui va donc pouvoir rassembler les habitants de la ville autour d’un projet cohérent de développement ?

Il semblerait que les choix rédactionnels incitent plutôt au choix binaire : « la ville sera-t-elle demain une ville de droite ? Ou une ville de gauche ? »

Les coquins, je l’écris ici avec affection, qui me talonnent sur Twitter and co, ne manqueront pas d’écrire que j’ai pensé : « une ville du centre » ?

Mais non : cette ville, nous la rendrons aux Saintais, à toutes les Saintaises, à tous les Saintais, par delà les clivages politiques, dès le 30 avril – si tel est leur bon vouloir, évidemment !

« Ce qui compte, c’est de donner à cette ville les leviers de son développement économique et social.

Ce qui ne compte pas, c’est de lui donner une couleur politique. »

Faites passer le message, la vraie liste de rassemblement de tous les Saintais, c’est « Un nouveau cap » !

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Pierre Maudoux