Alliance précoce et illégitime ?

Le jeune président du Mouvement Démocrate de Charente-Maritime a accepté la main tendue par Ségolène Royale: faire rentrer 5 membres du MoDem sur la liste socialiste dès le premier tour. En tant que responsable MoDem de la troisième circonscription de Charente-Maritime, je dois, en ces circonstances, livrer mon appréciation de la crise politique qu’Alexis Blanc a déclenchée. A plusieurs reprises, tant au cours de réunions départementales (en Charente-Maritime) que régionales (en Poitou-Charentes) et nationales, des consultations avaient eu lieu pour décider de présenter ou non des listes indépendantes aux élections régionales. Leur résultat fut sans équivoque : un oui clair, unanime, sans contestation. Le revirement politique – c’en est bien un – d’Alexis Blanc, et des personnes qui l’ont suivi dans cette voie, ne peut donc qu’interpeller.
On pourrait penser que cette volte-face a fait suite à la proposition “honnête” de Ségolène Royale, par souci d’intelligence politique, et que seuls les sots ne changent pas d’avis. En termes mathématiques simples, une chance sur deux d’avoir cinq sièges ne vaut-elle pas mieux qu’une faible chance d’en remporter un, deux ou trois? Force est pourtant de constater que le passage devant les électeurs au premier tour est un risque démocratique incontournable pour identifier le poids d’une formation politique, et que les chevaliers du politiquement différent et de l’opposition au bipartisme ne peuvent par nature s’épargner la démarche sans se renier. On aurait tort d’oublier qu’à la suite du choix des instances nationales du Mouvement Démocrate d’un autre meneur pour les régionales que celui du 17, et en vertu de la parité exigée sur les listes, Alexis Blanc se retrouvait dans une vraie difficulté de devenir, lors du prochain scrutin, élu régional. En termes mathématiques simples, en mettant entre parenthèses la responsabilité dévolue à un leader départemental, la fidélité due à une position entérinée et partagée démocratiquement à tous les échelons du Mouvement, une chance sur deux d’être élu régional ne vaut-elle pas mieux que zéro chance? L’opportunisme individuel n’étant que trop habituel en politique, on n’en sera pas surpris outre mesure.
Ce qui étonnera, c’est plutôt le ralliement d’honnêtes militants démocrates à une farce Royale de débauchage individuel. J’évoquerai ci-après quelques pistes pouvant l’expliquer. Un responsable local de Parti retranscrit à sa façon les positions nationales: il peut à son gré, sans contre-pouvoir vrai, les embellir, les déformer, ou les dénigrer. Cette position autorise la manipulation. La dualité entre le local et le national peut être facilement entretenue, car l’argument des élites coupées des réalités du terrain et éloignées du pragmatisme local est bien enraciné. Nul ne contestera qu’Alexis Blanc avait été choisi comme tête de liste départementale par les militants. Sa position peu favorable sur la liste retenue régionale par le siège national a-t-elle pu créer le sentiment chez certains militants du 17 d’avoir eux-mêmes été trahis suite à un véritable complot? Ont-ils en toute bonne foi voulu répondre à une injustice par une rébellion politique? Ont-ils pensé que le MoDem de Charente-Maritime ne pèserait pas assez dans le scrutin? Ont-ils suivis AB par fidélité ou aveuglement à leur leader local, sans analyser les conséquences de leur choix?
En réponse aux distensions internes qui étaient apparues auparavant, ont-ils porté leur préférence vers une personne ou une alternative politique? Quoi qu’il en soit, et quoi qu’en disent les aventuriers Ségolèniens du Modem 17, il n’y aura aucun centriste au premier tour des régionales sur la liste socialiste en Poitou-Charentes. Il est des choix qui excluent de facto d’un Mouvement mais surtout d’une famille de pensée politique. Le centre est par essence indépendant. La morale de cette histoire réside peut-être dans la logique à venir des alliances du Mouvement Démocrate: les ralliements, région par région, au second tour, seraient mieux compris par l’électorat dans sa globalité s’ils sont clairs! Ils devront pour cela répondre à des critères de projet pour chaque région, des critères de bilan, des critères d’engagements fiscaux, et en dernier ressort seulement à des critères de liste et de nombre de candidats. Le discernement politique dans la transparence et l’analyse mettrait alors la troisième voie politique sur les rails de la crédibilité.

Pierre Maudoux, Responsable Mouvement Démocrate de la 3e circonscription de Charente-Maritime

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Pierre Maudoux