Canicule ?

Canicule ?

L’Echo des Arènes, 18/08/2004

            L’humour est un réconfort qui serait, dit-on, productif de durée de vie. S’il semble avoir disparu de la scène politique, c’est peut-être car la répétition des mandatures y suffit comme élixir de jouvence. On regretterait les conférences coup de gueule du Général, ou bien les vociférations de Georges Marchais. Le sérieux est aujourd’hui de bon ton, mais le comportement collectif a remplacé les humeurs des ténors : l’humour est interdit mais il est partout, il suffit de le débusquer ! Ainsi, les médias et les oppositions voulurent, en 2003, rendre l’équipe au pouvoir responsable d’une vague de chaleur sans précédent. Gouverner n’est-il pas prévoir ? Bien gouverner, serait prévoir l’imprévisible ! Après examen de conscience collectif, et recherche d’irresponsabilités, la bonne société jura qu’on ne l’y reprendrait plus.

Les experts avaient beau clamer que réchauffement planétaire rime plus avec irritabilité climatique qu’avec chaleur, la France se persuada de la survenue, en 2004, d’une canicule annuelle incontournable! On remarquera que prions et syndrome respiratoire aigu asiatique venaient de discrètement quitter la scène…Convaincus de l’importance destructrice de l’absence télévisée des gouvernants au moindre coup dur, les conseillers en com – qui n’en n’a pas ? – ont conseillé, puisque après tout c’est leur rôle, « d’occuper le terrain! » Le passé avait donné la preuve qu’une marée noire peut nuire à un Ministre de l’environnement qui ne pellette pas face aux caméras en ciré jaune. Le précédent Ministre de la santé n’avait pas résisté, quant à lui, à la crise sanitaire de l’été précédent.

Montrez-vous ! Ministres, secrétaires et Président ! Candidats de tous poêles à la présidentielle ! De nombreux tours de France, ou plutôt tours de chauffe, furent donc organisés avec la collaboration des médias, et photos au chevet des premiers déshydratés…

Mais l’autorité publique n’aurait pu rester pantoise: car gouverner, c’est aussi financer ! On dégagea donc, dans les rouages de l’Etat et de nombreuses collectivités territoriales, des lignes budgétaires pour la prévention des canicules du siècle. Les lexiques de grammaire déconseillent pourtant le pluriel dans cette expression singulière… Après un mois de juillet frileux, la métropole guettait toujours sa canicule. Début aout, entre orages, dont on sort après « avoir eu chaud », et pluies torrentielles, le doute caniculaire apparu. Mais il est de ces machineries qui une fois déclenchées… Que ceux qui trempés jusqu’à l’os mâchent avec malice ces conseils d’hydratation en cas de forte chaleur qu’ils reçurent par courrier ! Que ceux qui courraient sur les plages pour se mettre à l’abri s’organisent ! Car enfin, quel responsable a vu venir ces ondées, et fait distribuer au printemps, parapluies et coupe-vents ? Au tribunal de la bêtise, plaidons, pour le prochain été, pour des mesures concrètes et la mise en place de commissions pluie.

Si une certaine sérénité mathématique réintégrait la politique. On se souviendrait :

– que la reproduction d’une situation d’exception est, par le jeu des probabilités, exceptionnelle.

–  que l’indice de fiabilité d’une prévision météorologique décroit sérieusement après trois jours comme les indices de popularité après trois mois, et qu’il s’avère imprudent, pour le moins, de prévoir le long terme

–  que les peurs manipulent l’opinion publique fragile, et qu’il ne serait pas honteux, de temps à autre, d’y résister.

Comme les jeux olympiques avaient lieu à Athènes, on ne s’étonnera pas que la préoccupation caniculaire fut renvoyée aux calendes grecques !

Pierre Maudoux, L’Echo des Arènes, 18/08/2004

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