Implosion

Article suite au non référendaire.

IMPLOSION

Le referendum français et sa réponse négative placent l’Europe et la France dans une situation pour le moins inconfortable.

Si l’Union Européenne peut continuer à fonctionner dans le trouble opaque des traités antérieurs, force est de constater qu’elle ressort globalement très affaiblie du non français et du non hollandais. On conviendra que deux scrutins auront suffi pour enterrer à la fois le Traité Constitutionnel, et l’Europe Politique. L’idée Européenne, synonyme d’un fédéralisme – difficile mais serein, social malgré l’opposition anglosaxone, résistant aux flèches de la globalisation, porteur d’espoir – ce rêve vient d’être sacrifié sur l’hotel de l’utopie et de la réalité de tous les mécontents.Pour remplacer un compromis qui déplait, il faut de sacrés arguments pour le pays qui veut imposer ses vues. Le modèle social français, si bénéfique « de l’intérieur » n’est pas commercialisable à l’extérieur avec son taux de chômeurs et d’exclus.Au mieux plusieurs années de renégociation. Au pire, rien rien, et rien, si ce n’est un marché unique emporté par la vision anglo-saxone dominante.

On laissera aux historiens le soin de décrypter les responsabilités, le plaisir de choisir entre les élargissements mal vécus et précoces, les déclarations malheureuses, des manques d’enthousiasme européen, les peurs populaires et leurs récupérations à fins électoralistes, les confusions entre le futur possible qu’offrait le traité au prix , certes,de luttes politiques et le passé apolitique. On pourra toujours en conclure d’une incapacité des élites à critiquer un présent dont ils étaient responsables, pour ne pas offrir un avenir dans la responsabilité et en adéquation avec les demandes populaires… La crampe européenne mériterait un étirement d’urgence. Mais dans un monde en compétition, l’UE ne pourra compter ni sur les sarcasmes des Russes (réjouis par la déception de leurs anciens satellites qui frapperont encore longtemps aux portes d’une union en difficulté), ni sur l’impérialisme des Américains (ravis de voir la France saborder l’Union), ni sur la pitié des Chinois pour négocier des accords commerciaux plus favorables aux européens. A terme, la construction européenne offre une piètre image, incapable d’une réponse collégiale à l’incompréhension et aux douleurs des peuples. Ce sont donc les nationalistes de tous bords qui ressortent pour l’instant vainqueurs .

A une mutualisation nécessaire d’hier, la parole est aux solutions nationales ! Surf quasi populiste et presque irresponsable ! Les anciennes monnaies auraient donc gardé une crédibilité.

Si l’état de la France désole, on imaginera qu’un gouvernement remanié avec une feuille de route impossible à tenir ne rassure pas, on regardera un parti socialiste en décomposition, des extrêmes regénérés dans une opinion perdue, un centre incapable d’incarner une alternance.De cette crise extrême, institutionnelle (désaveu de la représentation nationale parlementaire et présidentielle), politique (gouvernement et chef de l’état au plus bas des cotes de popularité, absence de projet d’alternance réaliste), et sociale (le pragmatisme autorise à penser que la précarité et le doute ne cèderont pas aux incantations).

Le bruit court dans l’opinion qu’il finira bien par se passer quelque chose : mais quoi ?

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Pierre Maudoux