Statut d’autoentrepreneur: réflexions de campagne électorale

Le statut d’autoentrepreneur a séduit beaucoup de monde. Sur le principe, faciliter la constitution de nouvelles entreprises et l’accès au travail avec un certain allègement des charges et des tracasseries administratives, voilà qui semblait être une excellente intention.

La Charente à SaintesIl n’y a pas de doute que certaines initiatives ayant répondu à cet appel d’air dans le monde du travail ont d’emblée peu d’espoir de tenir dans la durée. Nul doute aussi que pour certains autoentrepreneurs, soucieux d’exercer une activité complémentaire ou pérenne, cette voie offre de sérieux avantages. Mais on a vu deux grosses dérives dont l’origine vient à mon avis d’un défaut de METHODE POLITIQUE : peu de concertations avec les branches professionnelles sur le sujet, peu d’évaluation à postériori pour corriger ou effacer les défauts su système.

La première dérive est la poussée par un patronat abusif d’un certain nombre de leurs employés vers le système. A savoir l’externalisation de services rendus auparavant par des salariés. Avantages pour les entreprises qui pratiquent ce malheureux chantage: concurrence sur les tarifs, plus de charges à payer, plus d’exigences envers des sous-traitants d’un nouveau genre. Vu sous l’angle des salariés devenus autoentrepreneurs, perte d’avantages acquis par des années collectives de luttes salariales et syndicales: finis les congés payés, la sécurité, les vacances, une certaine tranquillité de carrière, et bonjour à une reconversion pas forcément dans le bonheur et dans le gain de pouvoir d’achat. En réalité, dans ces cas bien spéciaux mais réels et dont le nombre serait en augmentation, un recul historique et dommageable des conditions de travail et de vie, assimilable à la fin du salariat.

La deuxième dérive, et c’est en discutant lors d’une réunion électorale que j’en ai pris conscience, elle consiste à avoir créé un secteur concurrentiel privilégié. En réalité, les autoentrepreneurs bénéficient de la suppression de la tva donc peuvent proposer dans des secteurs déjà fragilisés par la crise des devis plus bas. Exemple: comment un menuisier traditionnel peut-il résister à des devis faits autour de son entreprise avec un tarif à 20% moins élevé ? Même si ces autoentreprises se révèlent parfois à l’usage de courte durée, la concurrence n’est pas tenable car elle peut être entretenue par de nouvelles structures.

Voilà : création d’un système qui réjouit les uns, il faut le reconnaître, mais de l’autre côté qui détruit le salariat et crée de la concurrence déloyale.

Un argument de plus pour évaluer dans la clairvoyance et la sérénité les politiques publiques de leur création à leur application. On ne prêchera pas un convaincu : je fus le promoteur de l’évaluation des politiques publiques en Saintonge (cf. mon parcours au sein du Conseil de Développement du Pays de Saintonge Romane…). On voit par cet exemple les capacités d’analyse et de modestie qu’il faut inculquer aux décideurs politiques qui devraient toujours peser les conséquences… de « bonnes intentions », à court, moyen et long terme. On devine aussi que pêcher par défaut de concertation a ses limites. Il est grand temps de changer la façon. Nous sommes prêts au Mouvement Démocrates !

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Pierre Maudoux