Couvre-feu : le mot vient d'un dôme qui étouffe les braises

Le couvre-feu désignait d'abord un objet. Dans sa chronique « L'info de l'histoire », l'historien Fabrice d'Almeida est remonté à l'origine de la pratique et de l'expression, au moment où les couvre-feux reviennent dans l'actualité. L'ustensile était en terre cuite, puis en cuivre et, plus tard, en fonte : une sorte de dôme qui étouffe les flammes et garde les braises dans les maisons, pour éviter les incendies le soir et surtout la nuit, quand tout le monde dort.
Des cloches médiévales à la défense passive
Au Moyen Âge, les villes françaises légifèrent peu à peu sur les horaires. À Rouen, à Orléans, à Bourges, comme dans toutes les grandes cités médiévales, une cloche sonne le couvre-feu à la tombée de la nuit. Elle aide aussi à organiser le temps de travail et à contrôler la circulation à l'intérieur des murs.
Le motif change avec la guerre. À Orléans, pendant le siège anglais de 1428, il faut cacher les lumières pour que les artilleurs anglais ne puissent pas pointer leurs pièces sur la ville. La même logique revient durant la Grande Guerre, quand les bombardements aériens commencent, notamment sur Paris : c'est une défense passive, qui oblige à obscurcir les fenêtres et à fermer rideaux et volets. Le gouvernement de Vichy reprend la consigne pendant la Seconde Guerre mondiale, afin que les aviateurs britanniques et américains ne puissent pas se repérer.
Dans la zone occupée par les Allemands, une autre raison s'ajoute. Le couvre-feu empêche les résistants de coller des affiches ou d'écrire des slogans dans l'obscurité, et il limite la circulation, car les forces occupantes contrôlent moins bien la ville la nuit. La mesure est aussi une punition dans les agglomérations où des attentats ont été commis.
De la loi de 1955 au Covid-19
Pour les Français, le couvre-feu reste le symbole de l'Occupation, puisque les Allemands circulent à leur guise, même tard, et fréquentent des établissements qui leur sont réservés. Après 1945, il revient par la loi sur l'état d'urgence, votée peu après le début de la guerre d'Algérie. Le ministre de l'Intérieur Maurice Bourgès-Maunoury et le président du Conseil Edgar Faure la veulent. Son article 5, daté du 3 avril 1955, permet aux préfets d'« interdire la circulation des personnes ou des véhicules dans les lieux et aux heures fixés par arrêté ». Le terme « couvre-feu » n'y figure pas, afin d'éviter la mauvaise image laissée par la Seconde Guerre mondiale.
De Gaulle s'en sert en métropole en 1958 après son arrivée au pouvoir, puis surtout en 1961 contre le FLN et ensuite contre l'OAS. La loi est reprise et modifiée à plusieurs reprises. Elle est appliquée en Nouvelle-Calédonie en 1985, dans les banlieues en 2005, puis sur l'ensemble du territoire de novembre 2015 à novembre 2017, après une profonde modification. Elle nourrit la loi du 30 octobre 2017, qui fait entrer certaines de ses mesures dans le droit commun, et elle inspire l'état d'urgence sanitaire de 2020.
Le plus long couvre-feu appliqué à toute la France reste celui du Covid-19, en 2020 : huit mois, soit 246 jours. Il n'a pas toujours été très bien respecté, ni partout. Les couvre-feux les plus stricts ont d'ailleurs été bravés : pendant la Seconde Guerre mondiale, des résistants ont tracé le « V » de la victoire, au risque de leur vie s'ils étaient pris.
Source : franceinfo