La Rochelle : des milliers de manifestants malgré l'interdiction

Le préfet de Charente-Maritime, Michel Prosic, avait interdit par arrêté, signé vendredi, les manifestations et les attroupements toute la journée de samedi à La Rochelle et à Puilboreau, où se trouve le centre commercial Beaulieu. Cela n'a pas empêché deux importants cortèges de défiler le 24 octobre.
Le matin, malgré un temps maussade et venteux, la foule était à peu près aussi nombreuse que le samedi 17 octobre. Elle n'a probablement pas dépassé 2 000 personnes, réunies place de Verdun puis menées jusqu'à la plage de la Concurrence et retour. Les forces de l'ordre l'ont empêchée de pénétrer dans les rues commerçantes et de gagner le Vieux Port. Les policiers, en tenue de protection, occupaient les fortifications du fort des Dames, ce qui a fait ironiser les manifestants.
Les slogans allaient de « Acab » à « Macron démission », en passant par « siamo tutti antifascisti ». La matinée s'est achevée par quelques salves de gaz lacrymogène, sans contact direct entre manifestants et policiers. À ce stade, aucun projectile n'a été lancé et aucun mobilier urbain n'a été dégradé.
Sur la rocade
L'après-midi, des appels sur les réseaux sociaux donnaient rendez-vous à 15 heures place du Champ-de-Mars. Ils étaient probablement 6 000 à marcher sur l'avenue du 11-Novembre-1918 jusqu'au rond-point de Lagord, puis sur la rocade, coupée dans les deux sens. Les autorités ont laissé faire, et le défilé s'est déroulé sans incident jusqu'à la sortie Puilboreau / Beaulieu.
Le cortège comptait des familles qui dénoncent la vie chère, des citoyens convaincus d'une dérive dictatoriale du pouvoir, des lycéens et des étudiants. « Je suis en droit à la fac. Je reste optimiste, on convainc de plus en plus de monde. Tous les jours, on tient des assemblées générales. La précarité étudiante touche énormément d'entre nous », a expliqué une jeune femme de 19 ans, qui a préféré rester anonyme.
Au French Coffee Shop, rue Chaudrier, aux premières loges, on relativise : « Depuis le début du mouvement lycéen, ça s'est toujours passé sans casse pour nous. On n'a pas du tout l'intention de fermer, on a trop de choses à payer ! »
Tensions à Beaulieu
À Beaulieu, le cortège s'est scindé en deux. Une partie est repartie vers le centre-ville et la gare, saluée par les klaxons de nombreux automobilistes. Un groupe de plusieurs centaines de jeunes s'est tourné vers la zone commerciale, où des manifestants ont allumé un feu sur la chaussée avant de gagner le parking. Les forces de l'ordre ont répondu par des gaz lacrymogènes pour empêcher les intrusions, alors que des familles faisaient leurs courses sur place et se sont retrouvées prises au piège.
Le calme est revenu quand le groupe a reflué vers le centre-ville. La pluie a fini par disperser la mobilisation.
Source : Sud Ouest