Marius-Lacroix : une plaque pour les malades morts de faim
Une plaque a été apposée ce mois-ci à l'entrée de l'enceinte de l'hôpital Marius-Lacroix, rue Marius-Lacroix, à La Rochelle. Elle honore la mémoire des malades victimes de la faim dans les hôpitaux psychiatriques français pendant l'occupation allemande. L'association des Amis de l'hôpital Marius-Lacroix, qui regroupe des structures de soins en santé mentale pour la moitié nord de la Charente-Maritime, porte le sujet.
La plaque a été dévoilée en présence de la députée Sabine Gervais, avec l'assentiment de la direction de l'hôpital. Son texte, sobre, célèbre « la mémoire des nombreux malades victimes de mauvais traitements et de la faim durant la Seconde Guerre mondiale ». Elle ne vise pas la seule tragédie rochelaise, mais l'ensemble des patients des hôpitaux psychiatriques du pays.
Des années noires peu connues
Entre 1940 et 1945, dans de nombreux endroits du territoire, ces patients ont été laissés sans soins, sans traitements et souvent sans nourriture. Claude Mossé, président de l'association et ancien psychiatre à La Rochelle, le rappelle : « Ils figurent parmi les oubliés de l'Histoire. 45 000 d'entre eux sont morts de faim, de tuberculose, de dysenterie… »
À La Rochelle, l'établissement s'appelait alors hôpital de Lafond. Créé en 1829 dans un paysage champêtre, loin des zones urbanisées, il abritait environ un millier de patients à l'arrivée des armées allemandes. La plaque ne le cite pas, afin d'éviter toute approximation, tant les lacunes historiques restent grandes.
« La nourriture n'a pas été fournie en quantité suffisante pendant un an, jusqu'à la mi-1941 environ », détaille Claude Mossé. Puis, en septembre, les forces occupantes ont réquisitionné les lieux pour en faire une prison et un centre d'interrogatoires pour les résistants arrêtés. Le maire Léonce Vieljeux et Marcel Deflandre y ont transité.
La très grande majorité des malades a dû partir en 48 heures, seuls les cas les plus difficiles restant sur place. « On ne sait pas vraiment ce que les autres sont devenus. Il faudrait réaliser une enquête qui n'a jamais vraiment été entreprise. À la réouverture de l'hôpital, en 1949, nombre d'entre eux manquaient. »
Réparer une injustice
Pour les Amis de l'hôpital, la plaque doit réparer une injustice. « Les patients sont des gens de la différence. Ils ne peuvent pas se protéger ni prendre la parole au nom de leurs semblables. Historiquement, ils ont toujours été des boucs émissaires », dit Claude Mossé.
Il espère que la commémoration du supplice des malades mentaux pendant la guerre pourra un jour être intégrée à la Journée internationale de la santé mentale, le 10 octobre. Le sujet fait désormais partie du devoir de mémoire de l'association, qui propose notamment la visite du musée de l'hôpital Marius-Lacroix. Elle a le soutien de l'Unafam, l'Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques.
Source : Sud Ouest