Restaurant Wafu : trois ans de prison dont deux avec sursis requis

La procureure Orianne Houkpatin-Amoussa a requis, mardi 27 octobre, trois ans de prison dont deux avec sursis contre le gérant du restaurant buffet Le Wafu, à Châteaubernard. Elle demande aussi 30 000 euros d’amende et une interdiction de gérer. Subo L., patron chinois de 57 ans, son fils et un salarié brésilien étaient jugés au tribunal. Les avocates des travailleurs dénoncent des conditions indignes de travail et de logement.
Un contrôle d’envergure en janvier
Le restaurant avait fait l’objet, le 20 janvier 2026, d’un contrôle de plusieurs services de l’État. L’affaire est partie de la plainte d’une ancienne salariée, congédiée parce qu’elle avait refusé de travailler le jour de Noël, et de constatations de policiers cognaçais dans une autre affaire. Douze salariés brésiliens ont été entendus. Les contrôleurs ont aussi relevé de graves manquements aux règles d’hygiène, avec de la moisissure et des rongeurs.
Ces travailleurs étaient sans papiers ou avaient de fausses cartes d’identité portugaises. Ils travaillaient au moins 70 heures par semaine et vivaient au-dessus du restaurant, dans des logements insalubres. Les pièces faisaient 11 ou 13 m², sans aération ni fenêtre, alors que le minimum légal est de 15 m².
Les salaires étaient versés par virement à hauteur de 1 400 euros. Le reste était réglé en liquide. Le montant non perçu par l’Urssaf s’élève à 219 000 euros.
« L’organisation de ce restaurant était fondée sur la situation irrégulière des travailleurs », a insisté Constance Desmaison, avocate d’un des salariés. « Une personne en situation irrégulière ne demande pas d’heures sup’, d’arrêts maladie et accepte de dormir au-dessus de la cuisine. » Elle a décrit un contrat « en forme de fiction ». Une autre avocate est allée jusqu’à parler de « traite d’êtres humains ». Selon la procureure, certains salariés devaient travailler malades, n’avaient pas le droit d’aller à l’hôpital et étaient « cachés » à l’étage.
Le rôle de l’intermédiaire
Depuis octobre 2023, Subo L. passait par Gabriel, l’un de ses salariés brésiliens, pour recruter de la main-d’œuvre. Celui-ci postait des annonces sur WhatsApp, TikTok et d’autres réseaux, et traduisait les consignes du patron. Le parquet le juge complice d’exécution de travail dissimulé. Son avocate, Gwenaëlle Lebrun, a plaidé la relaxe : il « était un esclave, il vivait au début au-dessus du restaurant, au milieu des rats ».
À l’audience, Subo L. a peu parlé des accusations de mauvais traitements et a surtout chargé Gabriel. Sur les salaires versés en liquide, il a répondu : « J’oubliais de dire aux comptables de compter les heures supplémentaires. Alors je donnais en liquide, je me suis dit, ça ne doit pas être bien grave… » Son fils, qui établissait les fiches de paie, n’a pas été plus disert. L’avocat du gérant, Jérémy Brandalac, ne voit pas de « système » et estime que Gabriel avait « organisé la chose ».
La procureure, elle, parle d’un dossier « d’une particulière gravité ». Contre le fils, elle a requis 18 mois de prison dont 10 avec sursis et 10 000 euros d’amende. Contre Gabriel, 12 mois avec sursis. Elle a demandé en outre 100 000 euros d’amende avec sursis contre la société Wafu, placée en liquidation judiciaire. Le jugement sera rendu le 1er décembre.
Source : Charente Libre