André Cervera, peintre de Sète, enterre ses toiles

Plus de quarante ans de peinture, des voyages du Maroc à l’Inde, et des toiles qu’il lui arrive d’enterrer : André Cervera, artiste sétois, a fait de ses rencontres la matière de ses tableaux.
Les grues du port, premier horizon
Il est né à Sète, rue de Tunis, au numéro 10, et y a grandi jusqu’à vingt ans environ. Le quartier a peu changé, les ruelles ont gardé leur architecture et le port, s’il s’est agrandi, reste familier. Y revenir lui donne l’impression, dit-il, que c’est « comme si je voyageais dans le temps presque 50 ans en arrière ».
Enfant, il regardait les grues géantes se dresser au-dessus des bateaux. « Des espèces de monstres géants », dit-il, qui lui ont inspiré des peintures par la suite. Le port, c’était aussi le symbole de l’ailleurs : « le désir du voyage », « l’idée de traverser la Méditerranée, d’aller voir ce qu’il y avait de l’autre côté ».
Ce rêve d’adolescent, il l’a réalisé en 1996 en prenant le bateau de Sète pour le Maroc. Ce premier voyage en a ouvert beaucoup d’autres.
De Pondichéry au Bengale
En 2004, lors d’une résidence d’artiste à Pondichéry, il rencontre la famille Chitrakar, des peintres troubadours du Bengale occidental, dont l’univers le fascine. Quelques années plus tard, il travaille avec l’artiste Swarna, avec qui il réalise une vingtaine de peintures à quatre mains.
Ses tableaux se peuplent de ces rencontres. « Ce sont les personnages que j’ai rencontrés dans mes voyages. Ce sont les personnages inspirés de la mythologie, des diverses mythologies », explique-t-il, se décrivant comme « un peu comme une éponge ».
Une offrande au vent et à la pluie
André Cervera aime surprendre et provoque parfois l’accident. Il va jusqu’à enterrer certaines toiles. Pour lui, c’est aussi un rituel : « une offrande au vent, à la pluie ».
Ce qui l’intéresse, c’est la manière dont les éléments extérieurs et le monde organique interviennent sur la toile. Un dialogue s’installe, une façon, dit-il, d’enregistrer la marque du temps.
Après quatre décennies de création, il affirme avoir gardé « l’âme de l’enfant », avec le plaisir de la vie, du partage et du jeu. « C’est vraiment cet homme d’enfant que j’ai gardé à mon avis et que je suis pas prêt d’abandonner », assure-t-il.
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