Bordeaux : les deux esclaves de la fresque du Grand-Théâtre

| Patrimoine et histoire

Au plafond du Grand-Théâtre de Bordeaux, la fresque peinte en 1780 par Jean-Baptiste-Claude Robin montre un couple d’esclaves noirs. Karfa Diallo, militant de la mémoire du passé négrier de la ville, regrette le peu de cas qu’on en fait. La mairie, elle, se dit prête à « ouvrir un dialogue constructif ».

La fresque est circulaire et allégorique. On y voit « les muses, les déesses et toutes sortes de personnages qui racontent ce qu’est alors Bordeaux », explique la guide Agathe Corre. Elle y retrouve ce qui fonde la richesse de la ville au XVIIIe siècle, deuxième port négrier après Nantes avec 150 000 esclaves déportés : les mâts, les pierres taillées, le bœuf de Bazas, et ce couple, l’une des « rares traces contemporaines de ce commerce colonial ».

Depuis quinze ans, la guide ne manque jamais de le signaler. Les visiteurs en découvrent une partie depuis le « paradis », la loge vitrée qui surplombe la salle.

Une représentation « plus que soumise »

Président de l’association Mémoires et partages et conseiller régional, Karfa Diallo décrit une femme attachée, dénudée, les mains nouées dans le dos, et un homme au ras du sol, très courbé, promis à un voyage vers l’Amérique « dans des conditions effroyables ». Persuadé que beaucoup n’y font pas attention, il a organisé le 24 septembre une « interpellation publique » sur les marches du monument, devant une douzaine de sympathisants. Le graffeur bordelais Zarb y avait reproduit à la bombe la femme de la fresque.

Selon lui, ni le Grand-Théâtre ni la mairie n’ont jugé nécessaire d’informer le public. Les guides de l’Office de tourisme y font allusion, mais il demande un panneau explicatif bien visible. « On ne demande pas que ce patrimoine soit effacé », précise-t-il. En septembre, il assurait solliciter la mairie depuis plusieurs années sans jamais avoir reçu de réponse.

Karfa Diallo suit la fresque depuis la fin des années 1990 et dit avoir « évolué » dans sa perception de ce couple. Il pense aujourd’hui que le peintre a voulu faire un acte militant, loin d’une image enjolivée comme le mascaron au sourire d’une femme africaine sur une façade de la place de la Bourse, ou le tableau « Danse d’esclaves » d’Augustin Brunias, daté de 1770 et conservé au musée d’Aquitaine. On sait peu de choses de Robin, sinon son appartenance à une loge maçonnique.

La réponse de la mairie

Interrogée, la Ville de Bordeaux répond par écrit que, lors des visites touristiques et patrimoniales, les équipes de l’Opéra national de Bordeaux « prêtent une attention particulière à contextualiser la figure en situation d’esclavage ». Elle ajoute que ce travail peut être approfondi, notamment pour rendre cette histoire plus visible et plus accessible, et se tient à disposition des associations mémorielles qui souhaitent ouvrir un dialogue.

Karfa Diallo confirme que le directeur de l’opéra l’a contacté et qu’un rendez-vous est en train d’être calé. « Je me réjouis que la direction du Grand-Théâtre ouvre ce débat », dit-il.

Source : Sud Ouest

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