Bordeaux : manifestation calme, puis tensions près de la Victoire

À Bordeaux, la manifestation « contre la vie chère » du samedi 31 octobre a rassemblé au moins 9 000 personnes selon un comptage sur place, 11 000 selon la préfecture. Le défilé s'est déroulé dans le calme. La fin de journée a été plus agitée.
Une mobilisation en reflux
Le 24 octobre, la préfecture avait compté 15 500 personnes. La participation est donc plus faible ce samedi.
Les syndicats avaient déclaré un rassemblement. Le parcours, validé avec la préfecture, contournait l'hypercentre. Il s'agissait d'éviter une répétition du 17 octobre, quand la manifestation avait été dispersée dès le début d'après-midi et que de nombreux magasins avaient été pillés.
Le cortège réunit des partis, des syndicats et des groupes antifascistes, de la gauche à l'extrême gauche. Les slogans visent l'extrême droite et la police. Les pancartes évoquent peu le mouvement lycéen, qui est pourtant à l'origine de cette flambée sociale.
Halloween dans le défilé
La date a donné un décor inattendu. Quelques costumes sanguinolents sont apparus. Julien, membre d'une batucada qui anime les manifestations, était déguisé en Joker. « La police me fait trop peur », résume-t-il. Jouer est sa manière de militer.
Jérôme, un Talençais de 46 ans, avait sorti un costume de prisonnier et un masque de Nicolas Sarkozy. Il proteste contre « le ruissellement à l'envers ».
Laurent, 51 ans, professeur de philosophie à Libourne, craint surtout l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir. L'élection présidentielle de 2027 pèse sur les esprits. Mélissa, étudiante en master, manifeste aussi contre la répression policière.
Barricades près de la place de la Victoire
Le cortège a terminé son parcours place de la Victoire. Les policiers sont restés en retrait, pour garder un centre-ville où le défilé était interdit.
Plusieurs groupes sont ensuite allés au contact. Des barricades ont été dressées et des feux allumés. Des confrontations ont eu lieu autour du cours de la Marne, de Saint-Michel, du cours Pasteur et de la Victoire. Des tirs de gaz lacrymogène ont dispersé les groupes. L'arrêt de tramway de la Victoire a été incendié.
En début de soirée, la préfecture faisait état d'un policier blessé à la tête par un pavé. Sept personnes étaient en garde à vue, notamment pour transport d'objets dangereux, port d'arme, jets de projectiles sur les forces de l'ordre et port de faux brassards de police. À ce stade, aucun commerce n'avait été dégradé, selon la préfecture.
Des commerçants partagés
Le long du parcours, nombre de boutiques étaient fermées. D'autres ont gardé leur rideau levé. Guillaume et Quentin, père et fils, tiennent plusieurs boutiques rue Saint-Remy. Ils invoquent deux raisons : une raison économique, parce qu'ils ne peuvent pas perdre d'argent, et une raison symbolique, car ce n'est pas à eux de se cacher.
Notre regard
Le contraste avec le 17 octobre pourrait indiquer que le parcours négocié a joué son rôle. Reste à savoir si les affrontements de fin de journée changeront la suite du mouvement. Le bilan définitif des interpellations et des dégâts, lui, n'était pas connu en début de soirée. Il sera utile de le comparer aux journées précédentes.
Source : Sud Ouest