Cancon, capitale de la noisette en Lot-et-Garonne

Cancon, dans le Lot-et-Garonne, porte le surnom de « capitale de la noisette ». C’est le principal centre français de collecte, de transformation et de commercialisation de ce fruit à coque. Le département compte parmi les grands bassins de production du pays, organisé autour d’une coopérative et de producteurs indépendants.
L’histoire commence dans les années 1970-1980. Les agriculteurs cherchent alors une culture complémentaire à la prune d’Ente, celle du pruneau d’Agen. Le noisetier, espèce rustique adaptée aux coteaux argileux, s’impose : le calendrier, les outils et les savoir-faire techniques peuvent être partagés entre les deux cultures.
Une coopérative au centre de la filière
L’Association nationale des producteurs de noisettes (ANPN), organisme de recherche et développement, naît en 1971. La coopérative Agri-Noisettes suit en 1979 à Casseneuil, avant de devenir Unicoque en 1990. Elle s’installe à Cancon en 1983 avec un plan de développement du verger à grande échelle. Entre 2010 et 2020, 3 000 hectares sont plantés.
Aujourd’hui, Unicoque rassemble 280 producteurs et 6 000 hectares répartis sur 72 départements, dont la moitié en Lot-et-Garonne. Son chiffre d’affaires est d’environ 30 millions d’euros. Elle revendique 90 % de la production française, soit un potentiel de 12 000 tonnes.
Les récoltes sont lavées, séchées, calibrées, triées, conditionnées et stockées sur le site de Cancon, qui s’étend sur 40 000 mètres carrés. Unicoque vend aussi des noisettes entières, dites « coque », aux grandes surfaces et aux grossistes sous les marques Koki et Lola Nuts. Elle se dit premier fournisseur européen sur ce créneau.
Le plus gros du marché est ailleurs : les noisettes décortiquées, utilisées par les industriels, les artisans et les pâtissiers. Ce marché mondial de 1 million de tonnes est largement dominé par la Turquie, qui assure 67 % de la production. La France y reste un acteur mineur.
Près de 90 producteurs restés indépendants
Certains producteurs ont choisi de garder leur indépendance. Ils seraient près de 90. Mathieu Martinet, un trentenaire, en fait partie. Dans son atelier de Castillonnès, il assure tout le processus, du lavage et du tri jusqu’à la transformation et la vente. Il a repris l’exploitation familiale en 2020, après avoir été ingénieur dans l’aéronautique, et a conçu lui-même une partie de son équipement.
Il vise le haut de gamme pour concurrencer l’Italie et sa noisette du Piémont, protégée par une indication géographique. Il est pour cela certifié ISO 22000, une norme de management de la sécurité des denrées alimentaires. « Le premier sujet pour un bon fruit, c’est le séchage », explique-t-il. « Les défauts se voient au séchage, la qualité à l’agréage », ajoute-t-il, cette dernière étape contrôlant la conformité des lots au cahier des charges.
Il torréfie les noisettes décortiquées et en tire des poudres, des pâtes ou des huiles pour une clientèle de professionnels : pâtissiers de restaurants étoilés ou Meilleurs ouvriers de France. Julien Auroux, chef pâtissier de la Table de l’Europe à Villeréal, fait partie de ses voisins clients.
La surface productive continue d’augmenter dans la région, la campagne de plantation de 2010 à 2020 portant ses fruits. Le rythme des nouvelles plantations s’est en revanche très largement réduit, indique-t-on chez Unicoque. Sont en cause des conditions météo de plus en plus difficiles, l’invasion de la punaise diabolique et la gestion de l’eau, indispensable pour produire des noisettes de qualité.
Source : Sud Ouest