Les Graves de Vayres fêtent un siècle de syndicat

Cent ans, pour un syndicat d'appellation, ce n'est pas anodin. Celui des Graves de Vayres fête son anniversaire ce samedi 7 novembre. Pour un vignoble de Gironde que beaucoup connaissent mal, c'est une occasion de se faire voir.
Des cailloux sur de l'argile
Le sol est la signature du lieu. Des cailloux reposent sur un sous-sol argileux. Les cailloux drainent : l'eau ne stagne pas, ce qui évite maladies et pourritures. L'argile, plus bas, garde une réserve et la rend à la vigne quand elle en a besoin.
Géraldine Sirat, qui exploite le Château Painchille avec son mari Pascal, parle d'« esprit des deux rives ». Elle préside l'Association des producteurs. Selon elle, le climat doux de la rive droite, lié à la Dordogne, se marie ici avec un sol qui rappelle la rive gauche.
Dans le verre, cela donne des rouges où la souplesse du merlot rencontre la structure du cabernet franc et du cabernet sauvignon. Elle y voit de l'élégance, de la fraîcheur et du fruit, et estime que cela répond à ce que les buveurs demandent aujourd'hui.
Le millésime de cet été en est l'illustration, d'après elle. La proximité de la rivière a préservé la fraîcheur. Les baies sont restées petites, mais l'acidité est belle, et la récolte aussi.
Un petit vignoble qui a perdu des vignerons
L'appellation couvre 500 hectares, sur Vayres et le plateau d'Arveyres. Elle réunit 22 vignerons. Elle en a compté jusqu'à 35 ou 37.
Les vignerons font du rouge et du blanc sec. Il y avait aussi du blanc moelleux à l'origine. Il a presque disparu : il reste peut-être deux producteurs.
Un siècle d'histoire, un procès gagné
Les débuts remontent bien avant 1926. La trace la plus nette date de la présence anglaise au Moyen Âge. Vayres se trouvait sur un passage, et les vins partaient vers l'Angleterre. Des négociants du XIXe siècle les ont ensuite cités et vantés.
En 1926, des vignerons créent le syndicat afin de faire valoir leurs droits ainsi que l'identité de leur terroir. Les Graves de Bordeaux s'y opposent, par crainte d'une confusion entre les deux noms. La justice donne raison aux vignerons de Vayres, et l'appellation est entérinée.
En 1937, l'INAO, l'institut national de l'origine et de la qualité, lui accorde l'appellation d'origine contrôlée. Géraldine Sirat rappelle que c'est historiquement l'une des premières.
Une précision pratique : l'association que préside Mme Sirat a été créée pour ouvrir la boutique de la Maison des vins, place du Général-de-Gaulle à Vayres. Le syndicat ne pouvait pas le faire.
Sortir de la discrétion
Face aux voisins des deux rives, plus célèbres, l'appellation reste peu connue. La présidente y voit d'abord un manque de contact. Les producteurs, assure-t-elle, sont plutôt dynamiques et soignent leur image sur les réseaux sociaux.
Chez les cavistes où elle intervient, les clients trouvent ces vins nouveaux. Ils sortent de la masse, dit-elle, et ne ressemblent pas forcément à des bordeaux. L'appellation veut aussi redonner de l'élan à la connétablie des Graves de Vayres. Elle admet que le projet peut sembler daté, tout en notant que la tradition compte pour beaucoup.
Source : SudOuest.fr