Après Limoges, le plateau de Millevaches se sent montré du doigt

| Faits divers et sécurité |

Au cœur du plateau de Millevaches, on n'a pas envie de parler aux journalistes. Depuis l'incendie de la mairie de Limoges, le 17 octobre, ce territoire rural est désigné par certains responsables politiques comme un fief de l'ultragauche.

Un village sous le choc à Gentioux-Pigerolles

À Gentioux-Pigerolles, dans la Creuse, le village fait bloc. Il a vu le Raid venir arrêter un voisin de 66 ans, que certains décrivent comme un poète. Cet homme a été mis en examen dans l'enquête sur l'incendie, aux côtés du principal suspect, un homme de 34 ans qui vit en Haute-Vienne.

Un éleveur de chèvres du voisinage, Vincent, raconte une quinzaine de voitures de police. Il ne voit pas ces gens comme des personnes violentes. Pour lui, le problème est qu'on désigne déjà des coupables avant même le début de l'enquête.

Les déclarations qui visent le plateau

Vincent fait référence au maire LR de Limoges, Guillaume Guérin. Quelques heures après l'incendie, celui-ci avait visé l'ultragauche anarchiste, dont une partie se serait installée dans les villages du plateau. Le territoire compte environ 10 000 habitants, entre Corrèze, Creuse et Haute-Vienne. Le candidat à la présidentielle David Lisnard a, lui, accusé le plateau d'abriter des « camps d'entraînement terroristes » d'ultragauche.

Un comité de soutien aux inculpés du 17 octobre s'est monté. Dans son communiqué, il attribue l'incendie à une colère populaire, créée par dix ans de répression. Dans le coin, chaque prise de parole est décidée collectivement.

L'ombre de l'affaire de Tarnac

Pour beaucoup d'habitants, la situation rappelle l'affaire de Tarnac, dix-huit ans plus tard. En 2008, des services de renseignements avaient présenté le plateau comme un repaire de terroristes soupçonnés d'avoir voulu saboter une ligne TGV. Dix ans plus tard, la justice avait prononcé une relaxe générale.

Benjamin Rosoux, gérant du Magasin général de Tarnac et aujourd'hui conseiller municipal, était l'un des dix mis en examen en 2008 et a été placé trois semaines en détention provisoire. Il affirme que la séquence médiatique et politique de 2008 se répète, sur la base de rumeurs et d'approximations. Il évoque aussi une note de renseignements dans Le Parisien qui regrouperait des lieux très différents sous l'étiquette d'ultragauche.

Des élus qui dénoncent des amalgames

Une centaine d'élus du coin ont signé une tribune contre ces amalgames. Parmi eux, Thierry Letellier, maire de La Villedieu et paysan, rappelle que le plateau a longtemps été un foyer de la Résistance et du communisme rural. Il ne croit pas une seconde à l'idée d'incendier une mairie, et il juge que parler de camps d'entraînement terroristes, « c'est du délire complet ».

La présidente du département de la Creuse, Valérie Simonet, de la mouvance de David Lisnard, a écrit au Premier ministre. Elle redoute des tensions la semaine prochaine, le 11 novembre, quand Jean-Luc Mélenchon doit se rendre au monument aux morts pacifiste de Gentioux pour la commémoration. Philippe Brugère, maire socialiste de Meymac et président du parc naturel régional de Millevaches, regrette que des politiques exacerbent les tensions.

Une voix du plateau va dans l'autre sens : l'agriculteur Jouany Chatoux, de Pigerolles, dénonce la présence de militants radicaux, voire violents.

Source : franceinfo

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