A69 : à l'ouverture, des riverains dénoncent des détours

L'A69 ouvre vendredi 6 novembre, mais pas pour tout le monde. Les habitants qui ne veulent pas ou ne peuvent pas payer le péage doivent composer avec des routes rallongées, des voies étroites et des bretelles de contournement absorbées par l'ouvrage.
Un nouvel axe de 53 km
La liaison relie Castres, dans le Tarn, à Verfeil, en Haute-Garonne. Le trajet coûte 17 euros l'aller-retour pour un véhicule léger, ou 20,40 euros avec la portion entre Verfeil et Toulouse. Les Castrais se rapprochent de la métropole en 35 minutes environ, alors que la route nationale demandait un peu moins d'une heure.
Élus et acteurs économiques locaux défendent ce gain de temps au nom du désenclavement du bassin de Castres-Mazamet. Le long du tracé, des habitants et des élus répondent que l'ouvrage crée d'autres difficultés, surtout pour ceux qui ne l'empruntent pas.
Une route nationale transformée
Pendant trois ans, le chantier a brouillé les repères sur la route nationale entre les deux villes : déviations, panneaux masqués, GPS perdus. Il a aussi changé la route elle-même. Environ quinze ronds-points ont été aménagés sur la RN126, qui doit passer en route départementale. Trois bretelles bâties il y a plus de vingt ans près de Verfeil, de Puylaurens et de Soual font désormais partie de l'ouvrage.
En 2023, la commission d'enquête publique avait déjà noté un manque : rien n'était dit sur la perte de temps de ceux qui n'emprunteraient pas l'autoroute.
Ce que disent les riverains
Marie, orthophoniste, vit dans un hameau à la croisée de Saïx, Cambounet-sur-le-Sor et Viviers-lès-Montagnes. Autrefois, 500 mètres à travers un champ la menaient à la nationale. Aujourd'hui, elle emprunte deux voies communales étroites, où deux voitures ne se croisent pas. Elle dit mettre deux fois plus de temps pour arriver au même endroit. Atosca, le concessionnaire, n'a pas répondu aux sollicitations sur ces aménagements.
À Verfeil, l'agriculteur Dominique Rougeau a vu son domaine coupé en deux sur 1,3 km. Exproprié de huit hectares, il a reçu l'équivalent de quatre années de production, mais estime que cela ne couvre pas le manque à gagner. Il met 55 minutes pour rejoindre Castres par la nationale, contre 28 autrefois.
Poids lourds et péage
Soual et Puylaurens ont interdit les poids lourds dans leur centre. Les camions devront donc en partie prendre l'autoroute. Saint-Germain-des-Prés, coupée en deux par l'ouvrage, est un cas à part : le maire de Soual, Jean-Luc Alibert, a prévu une exception pour les véhicules qui vont dans ce village ou en viennent. Raymond Frede, maire de Saint-Germain-des-Prés et partisan historique du projet, réclame un demi-échangeur.
Alexandre Lafon, professeur d'histoire-géographie installé dans cette commune depuis 35 ans, doute que les gens paient pour de courts trajets : « Les gens d'ici ne vont pas payer 6 euros pour aller travailler à 20 km. »
Les élus de droite comme de gauche qui ont soutenu l'A69 redoutent qu'un péage plus élevé que prévu bride les effets attendus. En septembre, le Conseil d'État a refusé un avenant : des collectivités voulaient financer une baisse d'un tiers du tarif pour les usagers. Le président socialiste du Tarn, Christophe Ramond, juge la situation scandaleuse tout en réaffirmant son soutien au projet.
Source : franceinfo