Gond-Pontouvre : 39 logements sociaux bloqués au Treuil

Un terrain en friche, un prêt à rembourser dès janvier 2027 et personne pour construire : à Gond-Pontouvre, les 39 logements sociaux annoncés depuis cinq ans au Treuil restent à l'état de projet. Le porteur du dossier et le bailleur social ne racontent pas la même histoire.
Une dette qui court pendant que le terrain dort
Frédéric Magnant, agent immobilier à Ruelle, évalue son préjudice à 66 000 € de frais de portage. À cela s'ajoutent 351 000 € de prêt, à rembourser à partir de janvier 2027. « Je fais comment, je vends ma maison ? », s'inquiète-t-il.
Depuis quatre ans, il multiplie les courriels, les appels et les rendez-vous : mairie, bailleur, préfet, services de l'État, parlementaires, Medef, et même le ministre du Logement. Sans résultat. Il parle de tromperie et de magouilles. Il dit aussi que le préfet ne le reçoit pas.
Une première tranche réussie, une seconde sans bailleur
Tout part de 2023. Gond-Pontouvre manque alors de logements à loyer modéré et lance des chantiers dans tous les sens. Frédéric Magnant achète des parcelles rue de la Croix-Rompue, au Treuil.
Le premier volet se passe bien : 51 logements sont en construction pour le compte de Noalis. Le second tourne mal. Le bailleur se retire courant 2024, alors que les terrains sont déjà achetés.
Accord de principe : ce que dit Noalis
Pour décrocher son financement, l'agent immobilier s'était appuyé sur une décision du comité d'engagement de Noalis. Un courriel du 4 janvier 2024, envoyé par le directeur du développement de l'organisme, confirmait un accord de principe.
La directrice juridique, Virginie Vinatier, tempère aussitôt : l'aval du comité n'engage pas Noalis, c'est seulement une première étape. Elle ouvre une étude plus poussée du dossier, sous conditions suspensives, c'est-à-dire des conditions à remplir pour que l'accord produise ses effets. L'une d'elles était l'obtention d'aides de GrandAngoulême.
Or la commune a entre-temps comblé son déficit en logements sociaux, et l'agglomération a classé le projet hors des priorités. Plus de subvention, plus de Treuil 2.
Rochine, le projet voisin au cœur des accusations
Pour Frédéric Magnant, la raison du retrait est ailleurs. Le projet de Rochine, un quartier neuf, qui sort de terre derrière le cimetière, serait passé de 40 à 104 logements sociaux. Selon lui, Noalis a rempli Rochine en vidant le Treuil. « On a été sacrifiés », lance-t-il.
La directrice générale, Élodie Amblard, balaie l'argument : Rochine était engagé avant le Treuil 2. Elle ajoute que l'agrément qui autorise l'habitat social est délivré par l'État et ne se transfère pas.
Matthias Brottier, directeur régional du promoteur Pierreval, abonde dans ce sens. Son groupe, aujourd'hui désengagé, s'est épuisé sur le montage du dossier. Il parle d'une « non-histoire » : Rochine avait un projet mûr et existait avant.
Des reproches sur l'argent, une sortie improbable
Matthias Brottier avance un autre argument. Frédéric Magnant aurait dégagé près de 400 000 € sur la première tranche, somme qui couvrirait l'achat de l'ensemble des terrains, autour de 665 000 €. Il l'accuse d'avoir voulu rejouer ce scénario sur la seconde phase. Il dit avoir proposé de racheter le terrain pour 400 000 €, offre refusée.
L'intéressé ne démord pas de sa version et dénonce une collusion supposée. Il regrette le temps où l'on topait et où « la parole comptait ». Sa seule issue : que Noalis achète le terrain en réserve foncière. Le scénario paraît improbable. Élodie Amblard précise que Noalis ne s'oppose pas à ce qu'un autre bailleur y envisage un projet.
La nouvelle maire, Maryline Vinet, compatit sans pouvoir agir. Elle évoque une « trop forte concurrence entre les projets », citant La Garenne, Treuil 1, Treuil sud, Rochine et Foulpougne, tous lancés ces dernières années.
Source : CharenteLibre.fr