Thau : les conchyliculteurs redoutent la disparition d'entreprises

Dans l'étang de Thau, les professionnels peinent toujours à se remettre de la dernière crise sanitaire. Patrice Lafont, président du Comité régional de la conchyliculture de Méditerranée (CRCM), parle d'une situation financière « catastrophique ».
« On ne se remet pas de deux mois de fermeture, surtout vis-à-vis de la confiance du consommateur », explique-t-il. Selon lui, il ne suffit pas de rouvrir la vente pour que tout redevienne comme avant. D'après les remontées des professionnels, l'activité est inférieure de 30 à 40 % à son niveau habituel depuis le printemps.
Ce recul s'ajoute aux mortalités de coquillages, à la hausse des coûts de production et aux crises sanitaires qui se sont succédé. Les trésoreries sont négatives, souligne Patrice Lafont, et au bout d'un moment les entreprises ne peuvent plus tenir.
Des entreprises menacées
Le président du CRCM redoute la disparition de plusieurs exploitations. Il pense surtout aux professionnels proches de la retraite, qui ne trouveraient pas de repreneur. « C'est évident qu'on va perdre un certain nombre d'entreprises », estime-t-il. Le comité ne dispose pas encore de chiffres consolidés pour mesurer le phénomène.
Le renouvellement des exploitants est, pour lui, une menace qui pourrait peser plus vite encore. « Le renouvellement, c'est maintenant, ce n'est pas dans dix ans. » Une étude de 2018 avait établi, selon lui, que la moitié des professionnels avaient plus de 50 ans.
Assainissement et mise à l'abri
Loïc Linarès, président de Sète Agglopôle Méditerranée, s'interroge de son côté : « Jusqu'où doit-on aller pour accompagner et soutenir la filière ? » Il réaffirme cependant la nécessité des investissements en cours et ne veut pas condamner la conchyliculture.
En septembre, l'agglomération annonçait 141 chantiers d'assainissement terminés ou engagés en 2026, pour 20 millions d'euros. Le poste de refoulement du quai de Bosc, à Sète, verra sa capacité triplée. Loïc Linarès reconnaît que les débordements en cas de fortes pluies ne disparaîtront pas tous. Patrice Lafont juge ces travaux « une bonne nouvelle », sans risque zéro pour autant.
L'agglomération a aussi voté l'achat d'un mas ostréicole à Marseillan pour tester une mise à l'abri collective des coquillages. Il ne sera pas prêt pour l'hiver 2026-2027, plutôt pour le suivant. Il pourrait stocker environ 60 tonnes. Pour les fêtes, la profession estimait le besoin à 1 500 tonnes, et jusqu'à 2 000 à 3 000 tonnes en cas de fermeture de deux mois.
Un projet plus vaste est étudié depuis plusieurs années à Frontignan. Il dépend d'une alimentation en eau de mer captée au large, dossier dont Patrice Lafont regrette la lenteur.
Les deux responsables font un même constat sur le climat : le réchauffement des eaux de la lagune rend la mytiliculture estivale impossible. La hausse de la salinité soulève des questions pour l'ostréiculture. L'élevage en mer est l'une des pistes. Il est maîtrisé pour les moules, mais demande encore des essais pour les huîtres.
Patrice Lafont rappelle qu'un premier contrat de filière a permis de mobiliser six millions d'euros d'investissements. Un second, sur cinq ans, est en cours. Il demande que les élus soient plus présents dans les réunions de travail : « À un moment donné, il faut trancher. »
Source : Hérault Tribune