Militants girondins : l'épuisement après les manifestations

| Santé et société

Stress post-traumatique, usure de compassion : plusieurs observateurs et militants girondins témoignent de l'épuisement que leur cause leur engagement dans les mobilisations.

Louise (le prénom a été modifié à sa demande) avait 24 ans en 2021. Ancienne gilet jaune, elle a rejoint l'Observatoire girondin des libertés publiques, qui rend compte de l'état des libertés dans le département à travers des vidéos et des enregistrements. « Je trouvais important de pouvoir aider des victimes mutilées à se reconnaître en tant que telles, avec des preuves et des éléments objectifs », dit-elle cinq ans plus tard.

Au premier rang des mobilisations contre la mégabassine de Sainte-Soline, en 2023, elle a vu son quotidien bouleversé. « Des blessés partout, des personnes vulnérables qui criaient de douleur, appelaient à l'aide… Nous avons été exposés à beaucoup de violences, alors même que nous sommes tenus à une “neutralité comportementale”. »

Un syndrome de stress post-traumatique l'a obligée à faire une pause dans son bénévolat. Elle est de retour pour observer les mobilisations lycéennes à Bordeaux : « Le mouvement social s'amplifie, il dure et j'ai encore envie d'aider. » Elle s'inquiète de l'efficacité de ses missions : « Si on n'a pas la vidéo, on ne peut pas aider les personnes concernées… Il y a un sentiment de culpabilité qu'on essaie de relativiser. »

Le « burn-out militant » et l'usure de compassion

Cette culture du don de soi rappelle ce que certains chercheurs appellent le « burn-out militant ». Hélène Balazard et Simon Cottin-Marx ont coécrit un livre à ce sujet.

La psychologue bordelaise Lise Lenain, spécialisée en psychologie du travail et des organisations, rattache le concept à deux notions. Il y a le burn-out, qu'elle repère à une très grande fatigue, un déni et une perte d'efficacité. Il y a surtout l'« usure de compassion », qui vient d'une impuissance face à la souffrance observée. « On retrouve ce symptôme chez les personnes qui ont un rôle d'aidant, y compris les bénévoles », explique-t-elle.

Myriam Eckert, 54 ans, fondatrice du Collectif contre les abus policiers (Clap 33), participe aux dernières mobilisations. Elle décrit des signes qui durent depuis plusieurs années : tremblements, troubles du sommeil et de l'alimentation, agoraphobie. « Je me sens complètement piégée dans ce corps militant. »

Groupes de parole et entraide

Pour Lise Lenain, les groupes de parole entre pairs sont un moyen de prévenir l'épuisement. On y dépose son agacement, sa frustration ou son sentiment d'impuissance, mais on y repère aussi les avancées. Elle ajoute que « c'est bien l'organisation du travail qui conduit les personnes au burn-out, pas une fragilité personnelle ».

Après les violences des manifestations du 17 octobre, le collectif bordelais Tempête rouge a organisé les 18 et 25 octobre des « sessions care after manif ». Il a aussi rédigé un « manuel du bien-être militant » : sommeil contre l'hypervigilance, alimentation et hydratation pendant les mobilisations, pauses. On y lit : « Se reposer, ce n'est pas abandonner la lutte. Prendre soin de soi est politique. »

Rosa Florent, bénévole à la Ligue des droits humains Nouvelle-Aquitaine, préconise de former les militants à la pédagogie et au relationnel, par exemple par le tutorat d'anciens. À Amnesty international Bordeaux, l'entraide est déjà de mise : « Il faut faire preuve de bienveillance entre nous. Et on ne voit aucun problème à ce qu'un militant arrête subitement son activité parce que c'en est trop pour lui. »

Source : Sud Ouest

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