En Dordogne, des médecins s’unissent contre le désert médical

Des médecins de Dordogne se sont associés, de manière informelle, à des directeurs de clinique et au maire de Périgueux. Ils veulent penser le nouveau paysage médical du territoire et sortir de l’impasse du désert médical.
L’initiative vient du docteur Julien Escuriol, anatomopathologiste basé à Périgueux. « Le vieillissement des professionnels de santé est une réalité en Dordogne, explique-t-il. Nous n’arriverons peut-être jamais à en finir avec ce désert médical. Certains semblent défaitistes, mais si nous n’essayons pas, nous ne nous laissons aucune chance. » Selon lui, les spécialistes sont partis « dans les grandes métropoles ou sur le littoral ».
Séduire les médecins
Le groupe compte l’urologue Richard Mallet et les généralistes Arnaud Gouin et Pierre Ferrand. Le nouveau maire de Périgueux, Michel Cadet, ancien médecin, en fait partie. Le travail a commencé en juin, en petit comité. Une troisième réunion est prévue avant la fin de l’année, avec, espère Julien Escuriol, des outils opérationnels.
Il pense à un site Internet baptisé Choose Périgueux, destiné aux médecins qui hésitent encore à choisir la campagne. Des dépliants sont aussi envisagés. Le praticien a lui-même passé plus d’une douzaine d’années à Bordeaux avant de revenir : « Je sais que l’on y vit bien, mais ce n’est malheureusement pas toujours l’image renvoyée aux plus jeunes. »
Il ne s’agit pas seulement de vanter le patrimoine et la gastronomie. Sur la géographie, il espère que le train Bordeaux-Périgueux pourra revenir à 58 minutes. Pour les familles, le collectif réfléchit à une cellule dédiée à l’accueil des conjoints. Il compte aussi mettre en avant les outils de pointe et les start-up innovantes du territoire.
Former et recruter
Le collectif veut garder sur place les internes formés en Dordogne, grâce à des opérations de séduction. Michel Cadet évoque la piste des médecins formés à l’étranger : certains étudiants échouent au concours en France et partent étudier la médecine générale en Roumanie, ou la kinésithérapie en Espagne ou en Belgique. « Nous essayons de voir comment les rattraper », dit-il. Le maire veut aussi inciter les médecins locaux à devenir maîtres de stage des universités, une « véritable carence en Dordogne ».
Pendant ce temps, chaque installation ressemble à une petite victoire. Le vendredi 2 octobre, le bâtiment CréaSanté, à Sanilhac, a accueilli la gynécologue Victoria Lefebvre et le généraliste Pierre Ferrand. Il se trouve dans une Zone France ruralités revitalisation, qui offre une exonération de cinq ans sur les bénéfices ou d’impôt sur les embauches.
Le maire de Sanilhac, Jean-Louis Amelin, se dit fier de n’avoir « aucun habitant sans médecin dans [sa] commune ». Elle abrite la seule maison de santé pluriprofessionnelle universitaire du département. Le promoteur privé de CréaSanté, Xavier Lascaux, compte une douzaine de praticiens de dix spécialités. Il constate cependant : « Aujourd’hui, il n’y a plus que les projets publics qui intéressent. »
Source : Sud Ouest