Gibert Joseph Barbès baisse le rideau ce samedi soir

Le magasin Gibert Joseph du quartier de Barbès, à Paris, ferme définitivement ses portes ce samedi soir. Il était l'un des deux magasins de l'enseigne appelés à disparaître depuis l'annonce, fin juillet, du plan de redressement judiciaire. Pour ses salariés, cette fermeture est un « déchirement ».
Valérie van den Bos est libraire au rayon jeunesse depuis six ans. Elle habite le quartier depuis toujours. Avant d'y travailler, elle y était « une acheteuse comme les autres ». Elle a aussi connu le Virgin Megastore, qui occupait les lieux jusqu'en 2013. Elle s'était alors réjouie de voir Gibert prendre la suite, car la mairie voulait implanter un lieu culturel dans un quartier populaire.
Elle dit n'avoir « jamais vécu de fermeture de librairie ». Il est « vraiment dur », explique-t-elle, de voir les rayons se vider et d'annoncer la fermeture à des clients dont beaucoup n'en reviennent pas.
Des locaux de 2 000 m² et un désaccord sur les travaux
Après l'annonce du redressement judiciaire, l'équipe savait que le groupe allait mal. Elle avait retroussé ses manches, notamment en réaménageant le magasin pour laisser plus de place à la papeterie et réduire les pertes.
Valérie van den Bos évoque aussi de « nombreux bâtons dans les roues ». Selon elle, les locaux de 2 000 m² étaient très mal entretenus. Le magasin n'a plus de climatisation depuis trois ans, et de grosses fuites d'eau apparaissaient dès qu'un orage survenait.
Les travaux nécessaires se sont révélés trop onéreux, d'après elle, et ont précipité la fermeture. Elle décrit une « guéguerre » entre la direction de l'enseigne et le propriétaire, Paris Habitat, pour savoir qui les financerait. Or, sous redressement judiciaire, l'administrateur nommé surveille la moindre dépense jugée superflue.
Selon elle, la signature du plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) a scellé le sort de Barbès et celui du magasin de Saint-Michel, car les deux relèvent de la même entité juridique. Le magasin ferme trois mois après l'annonce du redressement. Ses salariés n'ont appris la fermeture définitive que mardi dernier.
Vingt et un salariés réaffectés
Le magasin comptait vingt-deux salariés. La coresponsable est partie dans une autre enseigne, ce qui en laisse vingt et un, sans compter les prestataires de ménage et de sécurité, dont certains étaient là depuis les débuts. Tous ont été ou vont être réaffectés au magasin de Saint-Michel.
Valérie van den Bos, également élue CGT du comité social et économique, y voit un hasard des critères d'ordre de licenciement : âge, ancienneté, charge familiale. À Saint-Michel, dix salariés sont en cours de licenciement économique et dix autres font partie d'un plan de départs volontaires.
Sa pétition en ligne a recueilli plus de 5 500 signatures. Elle appréhende le moment de baisser le rideau, samedi soir.
« J'aimerais croire que nous allons être remplacés par un autre lieu culturel car le quartier en a besoin », dit-elle. Mais devant les anciens locaux du grand magasin Tati, inoccupés depuis des années sur le boulevard, elle se dit « assez inquiète ».
Source : France 3 Régions