Chaleur : près de 3 millions de morts en huit ans, selon The Lancet

Le changement climatique doit être déclaré « urgence sanitaire mondiale », afin de devenir la priorité des gouvernements. C'est la demande d'un rapport de référence publié mercredi 28 octobre par la revue médicale britannique The Lancet, avant la COP 31 (9-20 novembre). Cette 10e édition réunit 146 chercheurs de 30 pays.
Entre l'Accord de Paris, en 2016, et 2023, dernière année aux données complètes, le changement climatique a « causé près de 3 millions de décès liés à la chaleur » dans le monde. Pour la seule année 2023, le rapport recense un record de 710 000 morts associées à la chaleur. C'est davantage que le paludisme ou le VIH. Plus des deux tiers sont attribuables au changement climatique d'origine humaine.
Marina Romanello, directrice exécutive du projet Lancet Countdown, a déclaré à la presse : « Dix ans après l'Accord de Paris, nos conclusions sont sans ambiguïté : les effets néfastes du changement climatique sur la santé progressent plus vite que la réponse mondiale à ces effets ».
Elle réclame un « dispositif d'intervention d'urgence » coordonné entre États, comme celui de l'Organisation mondiale de la santé en cas de pandémie. Il ne servirait pas à réagir à une succession d'urgences, mais à mettre en œuvre une réponse cohérente à long terme.
Comment les décès sont comptés
Les chercheurs ont compilé les décès dus à la chaleur recensés par les États. Ils ont ensuite soustrait ceux qui se seraient produits sans changement climatique, estimés à partir d'un scénario fictif, a précisé le Pr Ollie Jay, de l'université de Sydney. Selon lui, les périodes de forte chaleur existent de toute façon, mais leur intensité et leur fréquence sont amplifiées par le changement climatique d'origine humaine.
Le réchauffement réduit aussi la productivité des travailleurs. Il a coûté ces trois dernières années plus d'un millier de milliards de dollars par an à l'économie mondiale, calculent les chercheurs. L'Asie du Sud-Est et l'Afrique, les plus touchées, auraient perdu l'équivalent de 3,9 % et 3,2 % de leur PIB, contre 0,2 % pour l'Europe et 1,5 % pour le continent américain.
Des progrès jugés insuffisants
Le rapport relève de « réels progrès » depuis 2016. Parmi les 194 pays membres de l'OMS, 56 ont adapté leur système de santé. Des systèmes d'alerte anticipent les événements extrêmes. Les investissements dans les énergies propres ont atteint 2 100 milliards de dollars en 2025, deux fois ceux consacrés aux combustibles fossiles. Ces derniers représentent toutefois encore 80 % de l'énergie mondiale et causent une pollution atmosphérique qui fait « 2,73 millions de morts par an ».
Environ 323 000 décès ont été évités dans « au moins » 77 pays où la pollution de l'air due aux énergies fossiles a reculé depuis 2016. Le financement de la recherche médicale liée au climat a été multiplié par sept, à 316 millions de dollars en 2024. Mais 84 % de ces fonds vont à des chercheurs de pays riches, alors que les pays les moins développés sont les plus touchés. Pour Marina Romanello, les efforts sont « trop lents, trop modestes » et ne profitent pas à ceux qui en ont le plus besoin.
Cette année, le travail des chercheurs a été compliqué, « pour la première fois », par la disparition de certaines sources de données venues des États-Unis, comme les subventions aux combustibles fossiles, non rendues publiques par les autorités américaines. Marina Romanello ajoute que, depuis deux ans, l'instabilité géopolitique a relégué le réchauffement et son impact sur la santé au second plan.
Source : Sud Ouest