À Paris, la Maison Gacha expose le ndop, textile indigo du Cameroun

Jusqu’au 27 février 2027, la Maison Gacha, à Paris, consacre une petite exposition au ndop, étoffe d’indigo de l’ouest du Cameroun. Le parcours suit le tissu depuis sa fabrication jusqu’à ses usages : liés au pouvoir dans les chefferies des Grassfields, régions de hauts plateaux de l’ouest, mais aussi à l’habillement et à la mode, entre les mains d’artisans, de créateurs et d’artistes.
Le ndop fait moins parler de lui que le wax, étoffe emblématique du continent. « Nous sommes très attachés au ndop, ce textile camerounais porté par les rois dans les différentes chefferies lors de rites. C’est notre textile phare, celui qui représente le plus la Maison Gacha », explique Hilel Ghozzi, chargé de communication du lieu.
Un motif fait de ce que l’indigo n’a pas touché
Le motif du ndop n’est pas peint. Il correspond aux zones que l’indigo n’a pas touchées. On trace d’abord les dessins sur le coton, puis on les coud très serré au raphia, afin que le bain de teinture n’y entre pas. Carrés, croix, cercles et étoiles, disposés en symétrie, composent un langage visuel que les chefferies se transmettent de génération en génération. Sur le fond bleu, les motifs blancs nomment, protègent et racontent.
Un seul ndop traverse le pays avant d’exister. Il est filé au nord, ligaturé au raphia à l’ouest, teint à l’indigo à Garoua, puis revient à l’ouest, où l’on défait les ligatures et où les motifs apparaissent, blancs sur bleu.
Dans les chefferies, ces motifs renvoient à une lignée, à une autorité, à une protection. Sous le règne du sultan Njoya, le ndop devient un signe du pouvoir royal, réservé au fon, aux reines et aux dignitaires. On le porte lors des intronisations, des funérailles et des rites agraires, et certains rois sont inhumés avec. Un siècle plus tard, il s’industrialise et se démocratise, tandis que ses gestes artisanaux se raréfient. Son inscription au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco est en cours.
Ce que montre le premier étage
Au premier étage, le parcours réunit des pièces de la collection Gacha-Dumas : textiles, parures et sculptures fortement ancrés dans les Grassfields, tentures cérémonielles monumentales, costume complet de société initiatique, masques-éléphants perlés et trône à dossier en ndop. Des photographies ornent aussi les murs.
Trois regards montrent comment le ndop se fabrique, se porte et se réinvente. Le grand maître Kamwa Simo et son atelier présentent des modèles qui témoignent d’un savoir-faire encore pratiqué. La créatrice Ly Dumas fait dialoguer les étoffes africaines avec le vêtement contemporain, dans des vestes en ndop, des robes en bogolan et des pièces en velours de raphia. La Franco-Sénégalaise Rachel Marsil, dont la pratique mêle peinture, textile et sculpture, montre deux œuvres issues d’une résidence de trois semaines entre juin et juillet.
La Maison Gacha, ouverte en 2025 au 5 rue des Épinettes, développe un projet culturel consacré aux patrimoines africains. Sa collection, réunie par Ly et Frédéric Dumas, compte plus de 5 000 pièces. L’exposition s’accompagne de visites guidées et d’ateliers de teinture, de broderie au raphia et de tissage.
Source : franceinfo