Après l'incendie de Saumos, une réserve naturelle en débat

Le sort des 42 000 hectares brûlés autour de Saumos oppose deux camps : ceux qui veulent laisser la forêt se refaire seule et ceux qui défendent la replantation. Un collectif d'écologistes et de scientifiques plaide pour une réserve naturelle, les sylviculteurs parlent d'une illusion.
Les forestiers refusent l'idée
Le Syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest a pris connaissance de la pétition. Son président, Nicolas Lafon, est circonspect : « C'est une erreur stratégique. » Pour lui, laisser faire la nature n'écartera pas le danger du feu. Il évoque aussi le risque d'inondation et les conséquences pour la filière bois. —
Il ajoute que la filière réfléchit déjà à la forêt de demain, sans attendre ce texte.
Des signataires peu nombreux sur place
Peu de scientifiques girondins ou landais ont cosigné la tribune. Le mycologue Guillaume Eyssartier, rattaché au Muséum national d'histoire naturelle, l'a fait. Pour lui, la monoculture du pin n'est pas un modèle d'avenir, ni pour l'environnement ni pour l'économie.
Signataire elle aussi, l'historienne Corinne Marache, de l'université Bordeaux-Montaigne, juge l'objectif final difficile à atteindre. Elle rappelle que le massif compte de nombreux petits propriétaires, et pas seulement de grands groupes industriels. Le territoire, ajoute-t-elle, n'était pas qu'un désert avant les plantations du XIXe siècle.
Ce que demande « Après le feu »
Le manifeste est né de l'incendie parti de Saumos, qui a parcouru 42 000 hectares en Gironde durant l'été 2026. Environ 1 500 propriétaires forestiers ont été touchés. Les auteurs réclament « un sursaut collectif et politique majeur ».
Concrètement, ils veulent laisser la zone brûlée sans nouveaux pins maritimes et compter sur le retour spontané de la végétation. Ils voient dans cette grande zone protégée un outil de sécurité pour le Sud-Ouest, l'agglomération de Bordeaux, les vignobles, le tourisme et la biodiversité. La tribune a été publiée dans Le Monde.
Un paysan-herboriste à l'origine du texte
La pétition est l'œuvre de Thierry Thévenin, installé dans la Creuse. Il a réuni plusieurs dizaines de noms connus de la sphère écologiste, dont la mycologue américaine Toby Kiers, le journaliste John Vaillant et le collapsologue Pablo Servigne. Des signatures arrivent de toute la France, et jusqu'en Suisse.
Il habite à 300 kilomètres de la Gironde et dit avoir été incommodé par les fumées en 2022, puis en 2026.
Il affirme avoir reçu une avalanche de messages de soutien sur le site apreslefeu. Il a aussi essuyé un flot de critiques, qui jugent le projet hors sol, utopique et porté par des scientifiques de canapé. Il répond en pensant aux habitants qui ont perdu leur maison et aux 200 000 personnes évacuées. À ses yeux, 2026 ne sera pas le dernier mégafeu : un million d'hectares de combustible restent dans le massif. Selon lui, une réserve de 42 000 hectares formerait un corridor de protection infranchissable.
Qui paierait ?
Pour financer le projet, Thierry Thévenin cite deux pistes : indemniser les propriétaires, puis faire appel à l'État ou à des mécènes. Une telle réserve, dans un massif exploité pour son bois, n'est pour l'instant qu'une proposition.
Source : Sud Ouest