À Plaisance-du-Gers, une luthière invente des instruments

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Dans un petit atelier de Plaisance-du-Gers, Délia Moreno fabrique des instruments qui n'existaient pas il y a quelques années. Son idée : rendre la musique accessible à des gens qui n'ont jamais appris à jouer.

Un parcours entre guitares et églises

Née à Nantes, la luthière a 66 ans. Elle est arrivée dans le Gers à 18 ans et s'est installée à Plaisance-du-Gers il y a six ans, sur la place de la mairie. Elle a appris la lutherie de guitare classique auprès de Christian Aubin, artisan aveyronnais aujourd'hui décédé.

Elle a ensuite travaillé plusieurs années dans une école de guitare à Tarbes. Puis elle s'est consacrée à la restauration de monuments historiques avec Alain Lacoste, installé à Tillac. Elle dit avoir sillonné toutes les églises de la région.

Le Covid, point de départ

Elle est revenue à la lutherie il y a une petite dizaine d'années. La période du Covid a changé sa façon de voir le métier. « Cette situation stressante et angoissante m'a donné envie de faire quelque chose pour pouvoir aider les gens », explique-t-elle.

Son premier kotamo date de cette période. C'est un instrument à 27 cordes, inspiré du koto japonais et du tanpura indien. Selon elle, tout le monde peut en jouer sans apprendre. Elle l'a fait essayer à des personnes âgées.

La luna, une harpe ronde

En 2022, elle a créé la luna. C'est une harpe circulaire à deux faces, en bois d'érable blanc. Elle s'inspire de plusieurs instruments à cordes : le koto, le tanpura, le psaltérion et la cithare. La forme et le nom renvoient à la lune.

La luna a reçu la bourse de l'innovation au salon international de la guitare en Occitanie, en 2023. Délia Moreno n'en a fabriqué que six exemplaires, vendus 3 000 euros pièce. Le style de jeu reste ouvert : classique, plus rythmé, pop ou musiques du monde.

Elle l'emmène parfois en festival. « Il y a des gens qui se mettent dessus et qui ne décollent plus », dit-elle. L'artiste Jérémy Nattagh a récemment mis en avant le travail de Délia Moreno lors d'un « banquet musical » diffusé sur France Musique.

L'arche sensorielle et les stages

Elle peaufine aujourd'hui l'arche sensorielle, un instrument électronique développé avec Mickaël Fourcade. Un simple passage de la main déclenche les sons. L'outil s'adresse à un large public, notamment aux personnes en situation de handicap. Elle avait rêvé d'en jouer dans une église avec une violoncelliste et un chanteur haute-contre.

Chaque semaine, des stagiaires de tous âges viennent dans l'atelier découvrir le métier de luthier.

Notre regard

Ce type d'atelier montre que la lutherie ne se limite pas à la reproduction d'instruments connus. La production de la luna reste très réduite, et l'on ignore comment l'arche sensorielle sera diffusée. Il sera intéressant de voir si ces instruments sortent un jour du cadre des festivals et des stages.

Source : La Dépêche du Midi

Article réalisé avec le concours de