À Rochefort, un mausolée du XXIe siècle pour le cimetière

| Patrimoine et histoire

Jacques Nompain, 85 ans, ne veut pas reposer dans le caveau familial. Il a fait ériger un mausolée au cimetière de Rochefort, livré en septembre 2026. Il dit l’avoir voulu « pour le patrimoine funéraire rochefortais » et non pour son ego : son nom n’y figurera pas.

Cet ancien professeur d’histoire-géographie a présidé de 2001 à 2016 l’Association pour la sauvegarde et la promotion du patrimoine rochefortais. Il s’est alors passionné pour les tombes remarquables de la ville et a contribué à les identifier, à les restaurer et à les faire connaître. « Avec ses 82 oratoires, le cimetière de Rochefort est un musée de la sculpture du XIXe siècle », explique-t-il.

Une référence catalane

L’idée date d’une dizaine d’années. Jacques Nompain voulait s’inscrire dans la tradition d’embellissement du cimetière, mais avec une architecture du XXIe siècle. Il s’est tourné vers l’architecte Valentine Chaigneau, spécialisée dans la rénovation vertueuse. Il lui a présenté la photo de La Fabrica, une ancienne cimenterie reconvertie par Ricardo Bofill en studio d’architecture.

L’architecte, 37 ans, dit apprécier ce Catalan « antifasciste et anticonformiste » qui mettait de la poésie et de la couleur dans son œuvre. Elle reconnaît que le chantier a été « l’un des plus compliqués à réaliser ». Il lui a fallu obtenir une dérogation de la mairie, puis convaincre des artisans peu habitués aux tombes.

« Même en architecture, on aborde peu l’art funéraire. C’est tabou en France, contrairement aux pays du Nord où les cimetières sont comme des parcs publics », estime-t-elle.

Un cube de béton sous la lumière du ciel

Le mausolée se dresse dans la troisième division du carré E. C’est un cube de béton de 2,33 mètres de haut, recouvert de ciment blanc. Trois arches vitrées éclairent la façade et neuf carreaux de verre percent le toit plat. L’architecte parle d’une « lumière de dingue ».

Jacques Nompain tenait à cet éclairage zénithal pour voir le ciel, cet infini, avec une façade sud tournée vers la Charente, au loin. À l’intérieur, le sol est d’un bleu Klein. Deux sculptures allégoriques du jour et de la nuit, d’après Michel-Ange, reposent sur un banc de béton épuré. Aucun signe religieux n’y figure.

Le chantier a été plus lourd qu’il n’y paraît. Il a fallu creuser à deux mètres de profondeur pour les fondations et le cuvelage, qui accueillera le cercueil par une porte latérale. Le sol est marécageux, avec de l’eau à 1,20 mètre. Valentine Chaigneau a donc dû soigner l’étanchéité, prévoir l’évacuation des eaux de pluie de la toiture de huit mètres carrés et installer une ventilation. « C’est une vraie maisonnette », résume-t-elle.

Jacques Nompain, qui n’a pas de descendance, sera inhumé seul à cet endroit. Il espère que la Ville préservera le mausolée comme il s’est employé à protéger les tombes remarquables du cimetière.

Source : Sud Ouest

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