Arcachon : 60 000 tonnes d’huîtres sauvages, nettoyage autorisé

Le dossier d’enquête publique de l’été chiffre à plus de 60 000 tonnes le stock d’huîtres sauvages du bassin d’Arcachon. Les parcs des ostréiculteurs en contiennent environ 16 000 tonnes, soit près de quatre fois moins.
Le 13 octobre, la préfète Sophie Brocas a signé l’autorisation environnementale des travaux de nettoyage. C’est le feu vert de l’État après l’enquête publique. Le programme est porté par le Syndicat intercommunal du bassin d’Arcachon (SIBA), avec les ostréiculteurs et la Région.
Des récifs sur d’anciens parcs
Ces huîtres sont des creuses japonaises, l’espèce que les ostréiculteurs élèvent depuis un demi-siècle. Leurs larves se fixent sur les friches ostréicoles, d’anciens parcs abandonnés où piquets et ferrailles leur servent d’appui. Elles s’y empilent en bancs durs qui recouvrent la vase.
L’Adeba, association de défense des eaux du bassin, y voit une concurrence pour les huîtres d’élevage, car toutes filtrent le plancton. Selon elle, ces récifs favorisent les maladies et menacent les bateaux. Ils recouvrent aussi des vasières vivantes, propices aux herbiers où vivent les hippocampes.
L’ordre de grandeur n’est pas nouveau. Il y a une quinzaine d’années, une étude menée avec l’Ifremer évaluait déjà le stock sauvage à 65 000 tonnes. Ce chiffre compte toutes les huîtres présentes dans l’eau, et non la récolte, qui tournait alors autour de 6 000 tonnes par an.
Un chantier qui manque de moyens
La pièce maîtresse du programme est un navire spécialisé, chiffré à 6 millions d’euros et payé à 80 % par l’État, la Région et l’Europe. Faute de navire, le chantier avance avec des moyens d’emprunt. Au printemps, les ostréiculteurs nettoyaient encore une zone de parcs avec la Trezence, un bateau venu de Charente-Maritime.
Le programme repère 2 100 hectares de friches, dont plus de la moitié doit retourner à la nature. Le syndicat en vise environ 600 hectares en dix ans. Le jour de l’autorisation, l’appel aux entreprises pour des engins capables de rouler sur la vase s’est refermé sans offre retenue. Selon le calendrier présenté fin 2025, les nouveaux moyens du SIBA n’étaient attendus qu’en 2029.
Le banc du Tès, dans le secteur de Gujan-Mestras, sert de terrain d’essai. Des friches y ont été nettoyées il y a trois ans, et l’Ifremer suit depuis les zostères voisines. D’après le bilan de mai, les petites taches de zostères naines ont doublé en un an à l’est du banc, pour atteindre 760 mètres carrés, à peine trois courts de tennis. Les chercheurs y voient une évolution naturelle, pas l’effet du nettoyage. Certaines bordures proches des travaux ont même reculé.
Le suivi n’a relevé aucun effet notable sur les courants. Il ne dit pas si les fonds nettoyés redeviennent des vasières.
La méthode suscite le doute. Les équipes retirent ferrailles et déchets, puis aplanissent les récifs et broient une partie des coquilles, laissées sur place. Dans son avis de 2024, favorable sous conditions, le Conseil scientifique régional du patrimoine naturel jugeait que ce procédé ne suffit pas à reconstituer une vraie vasière. Ces experts redoutaient même l’effet inverse, car les débris peuvent offrir de nouveaux appuis aux jeunes huîtres. L’Adeba partage cette crainte et réclame un bilan détaillé après chaque opération pour adapter la méthode.
Source : Passion Aquitaine