Stèles au bord des routes : des fleurs qui disent le deuil

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À la Toussaint, des bouquets au bord des routes d'Aquitaine rappellent des drames. Ces stèles sont tolérées par respect pour les familles et parce qu'elles incitent à ralentir.

Du contreplaqué aux bouquets spontanés

Dans les années 1980 et 1990, les services routiers installaient des silhouettes noires en contreplaqué. Elles ont fini par disparaître : vols, dégradations, effet de surprise émoussé. Des bouquets spontanés les ont remplacées.

Sur la RD 913, ancienne Nationale 113, entre Agen et Bordeaux, des dizaines de stèles se sont multipliées sans autorisation. Le maire de Barsac, Dominique Cavaillols, reconnaît une forme de tolérance : il ne connaît aucun élu qui retirerait ces marques.

Des familles qui font de la mémoire une prévention

À Villeneuve-sur-Lot, Emma Laffore, 13 ans, a été tuée le 2 mars 2018 par un chauffard qui avait grillé un feu rouge à plus de 100 km/h. Sa grand-mère fleurit régulièrement le lieu. Sa mère, Françoise Laffore, a créé une association qui mêle sport et prévention routière. Un macaron « Emma » est collé sur le feu tricolore. Voir le feu passer au rouge ravive la douleur, admet-elle, mais si cela aide un automobiliste à respecter le code, c'est important.

De l'autre côté du département, Sylvie Faugères agit à travers l'association En vie pour Kelly. Sa fille de 16 ans est morte en 2023 à Barbaste. Le lendemain déjà, des amis de Kelly avaient laissé au pied de l'arbre des fleurs, des dessins, des photos et des cailloux. Chaque jour, sur la route d'Agen, elle ralentit devant ces fleurs en tissu délavé.

Les vélos blancs

Le dimanche 25 octobre, l'association Pau à vélo a participé à la pose d'un vélo blanc sur le rond-point Jacques-Chirac, à Billère, après la mort d'un cycliste de 46 ans cet été. Son secrétaire, Sébastien Lamy, y voit une démarche intime et un signal. C'est aussi un message aux élus pour sécuriser les itinéraires cyclables. Cette tradition du vélo fantôme (ghost bike) vient des États-Unis.

À Agen, Jérôme Cazeaux a repeint une vieille bicyclette pour le giratoire de La Capelette, deux ans après la mort de son père, accroché par un camion. Il y passe régulièrement un coup de pinceau et y découvre des bouquets laissés par des inconnus.

À Fontet, un giratoire au nom de Marion

Marion, cycliste de 23 ans, a été fauchée en 2022 à Fontet, en Gironde. Les élus ont fait pression sur le Département pour obtenir un giratoire sur la RD 9, afin de forcer les automobilistes pressés à ralentir. Un panneau le baptise « Rond-point Marion ». Ses parents y déposent des fleurs chaque année. Son père dit que c'est une façon de dire qu'elle est toujours avec eux.

L'ancien maire, Serge Poujardieu, estime que si cela change le comportement des conducteurs, « tant mieux ».

Ailleurs, un mât couvert de fleurs, de peluches et de lanternes rappelle Manon, 9 ans, tuée en 2015 par sa mère au bord de la route. Son père ignore qui a fleuri ce lieu. Il y voit une preuve de soutien et souhaite que ce lieu de mémoire reste intact longtemps.

Notre regard

Aucune règle n'est citée sur ces installations, seulement des élus qui laissent faire. La question posée reste entière : l'espace public peut-il accueillir une mémoire personnelle ? Tant que les maires tolèrent au cas par cas, chaque stèle dépend de la décision locale.

Source : SudOuest.fr

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