Brouage : une propriétaire lègue 100 hectares de marais

| Environnement et cadre de vie

Annie Dubeau-Gilardeau possède 100 hectares au cœur du marais de Brouage, face à l'île d'Oléron. Veuve, elle a décidé de les léguer à la Fondation des espaces naturels de France, pour que ce paysage soit protégé après sa disparition. « Je ne voudrais pas qu'il disparaisse, qu'il soit réquisitionné par des laboureurs ou autre », dit-elle.

La fondation deviendra propriétaire des terres. Elle les gérera avec un gestionnaire du conservatoire des espaces naturels de France, pour poursuivre l'occupation du marais selon la volonté de la propriétaire.

Un couple de juristes

Annie et son époux, Jean-Marie, n'étaient pas agriculteurs, pas plus que leurs proches. Mais ce couple de juristes connaît bien les règles qui protègent l'environnement. Pendant plus de vingt ans, Jean-Marie a œuvré à la mise en place de structures de protection du marais. Il avait obtenu un rapport interministériel qui retenait trois zones humides, dont celle de Brouage comme site pilote, pour montrer que le pâturage protège la biodiversité.

Avant la création de la Fondation des espaces naturels de France, reconnue d'utilité publique en 2023, le couple avait envisagé une obligation réelle environnementale. Ce contrat fixe des critères écologiques pour un terrain, jusqu'à 99 ans. Il a finalement choisi le legs. La fondation et le conservatoire de Nouvelle-Aquitaine, dont Annie est aujourd'hui administratrice, assureront la protection du site.

Le marais de Brouage est déjà classé grand site de France et zone Natura 2000. Selon la propriétaire, même dans une vingtaine d'années, un entrepôt, une autoroute ou un data center ne pourraient pas s'y installer, car plusieurs protections s'y appliquent. Elle y voit aussi « une véritable éponge » face à la montée des eaux et aux catastrophes liées au réchauffement climatique.

Les éleveurs entre soulagement et doute

Cinq élevages, essentiellement de bovins, se trouvent aujourd'hui sur ces 100 hectares. Leur pâturage entretient le marais. « Pour moi, c'est une fierté de faire ce legs. Je sais qu'il sera entre de bonnes mains », affirme la propriétaire.

Faustine Oudin, éleveuse à Hiers-Brouage, exploite 200 hectares, dont une vingtaine appartient à Annie Dubeau-Gilardeau. Elle a repris l'exploitation de sa mère en 2020 et élève une douzaine de races, dont certaines anciennes. Elle est rassurée de ne pas voir ses parcelles partir avec leur propriétaire, car les consignes du couple vont dans le sens des éleveurs. Elle s'interroge toutefois : « Demain, si ça change de politique, on n'est pas maîtres des décisions publiques. » Elle redoute aussi les lenteurs administratives si une remise en état est urgente, par exemple en cas de problème d'eau.

La fondation précise que recevoir des terres ne suffit pas : il faut pouvoir les entretenir. Elle s'appuie sur le réseau des conservatoires d'espaces naturels, qui a plus de cinquante ans d'expertise. Sa responsable, Julie Babin, explique vouloir accueillir ces terres et mieux accueillir l'envie des citoyens de contribuer à la protection de la nature. Sur le marais de Brouage, ce legs est inédit. Selon elle, des initiatives similaires existent déjà ailleurs en France, et certains propriétaires confient des parcelles de leur vivant, sous forme de donation.

Source : France 3 Nouvelle-Aquitaine